Ce type de projet d’inFARMING se développe partout, y compris à Liège.

Et si les friches industrielles et les faubourgs bétonnés devenaient les nouveaux potagers taille XXL des villes? Que dans des hangars où vrombissaient jadis des laminoirs on irait acheter ses laitues, qu’on se fournirait en champignons frais dans les caves d’une usine désaffectée ou que l’on dégusterait les fraises cultivées dans des serres érigées sur un ancien terrain vague? En réalité ce scénario est déjà une réalité dans de nombreuses métropoles. En Suisse, en Israël, en Suède, en Inde, en Grande-Bretagne…, les villes qui font pousser tomates, laitues et pommes de terre entre les buildings, sur leurs toits ou à leur périphérie directe sont de plus en plus nombreuses. Et pas simplement pour les loisirs de citadins aux mains vertes.

Le concept de l’“inFARMING” – intégration de l’agriculture dans les zones urbaines – est devenu un véritable mode de commerce et de consommation alimentaire. Un vrai business aussi. Ainsi, aux États-Unis, pays en pointe où les premiers community gardens étaient installés à New York en 1970 déjà, plus de 40 % de la production alimentaire (en valeur monétaire) provient de l’agriculture urbaine et périurbaine.

Chez nous aussi l’agriculture et le maraîchage en ville existent. Le plus souvent à l’échelle d’un pâté de maison ou d’un quartier et le plus souvent à l’initiative d’associations, de comités de quartier, de CPAS et parfois de petits producteurs (bio ou non). Rarement suffisant encore pour assurer les provisions alimentaires pour toute la semaine, ni de quoi nourrir toute une ville. Mais ça pourrait venir…

Par exemple, à Liège, le projet Verdir (Valorisation de l’Environnement par la Réhabilitation Durable et l’Innovation Responsable) vise à mettre en réseau et à amplifier ces modes de production urbains. À terme – dans les 10 à 20 ans – un tel projet pourrait fournir toute la ville et son agglomération en légumes et, partiellement, en viande de petits élevages (lapins, volaille) et en poissons.

«Il ne s’agit pas de se substituer à ce qui existe, précise Éric Haubruge, vice-recteur de l’Université de Liège et président du Comité de pilotage de VERDIR, mais d’offrir plus de diversités de produits et de facilité d’accès pour le public.» Et si possible en fédérant ce qui existe déjà.

Sur les anciennes friches du bassin industriel liégeois (+ de 300 ha rien que pour arcelor), sur des terrains dépollués ou en culture hors-sol dans des hangars désaffectés, en bordure de ville, on pourrait donc produire une bonne part de l’alimentation des habitants de celle-ci. Le circuit (ultra) court par excellence.

Et la distribution de ces produits? Les grandes surfaces traditionnelles pourraient s’y approvisionner, de même que les marchés publics et des distributeurs automatiques, style vente de pains et stockage de colis postaux, sont envisagés en différents points de Liège. Mais l’installation de magasins sur ces sites est aussi prévue. À Seraing, en centre-ville dans un ancien hall industriel de Cockerill où l’on construisait jadis des moteurs de bateaux et de locomotives, 8 100 m2 sont prévus pour des commerces dédiés à l’alimentaire spécialisé, au bio et à la gastronomie. Subsidié par l’Europe, le projet doit se concrétiser pour 2018.

Le projet Verdir envisage aussi une distribution en ville (et au-delà) grâce à une péniche, véritable magasin flottant, qui collectera les produits sur les différents sites pour les vendre le long de la Meuse et même les livrer à domicile à l’aide de petits véhicules électriques embarqués sur le bateau.