Impossible de ne pas lui jeter un regard fasciné, ou à tout le moins curieux, si un jour vous la croisez au détour d’une route de campagne. Elle porte fière le rouge des bolides extravertis. Sa ligne est affolante, c’est celle de la Lancia D24, de 1953, un bijou automobile qui n’a existé qu’à deux exemplaires, construits pour s’illustrer sur la fameuse Carrera Panamericana mexicaine. Le président argentin Perron en a fait courir une, restaurée en Italie. L’autre est au musée Lancia.

Une réplique

Celle-ci est bien sûr une réplique, réalisée par le constructeur de kits Sammio. Henry Schuermans a acheté cette copie 6 500 €, en Angleterre. En 2011. Il lui a fallu quelques mois pour la rapatrier, l’homologuer, et depuis il travaille assidûment à le peaufiner. Le plus étonnant, quand il démarre son «bolide», c’est le bruit désuet qui s’échappe de l’échappement. Un son qui ne trompe pas. Et qui n’a rien à voir avec celui du V6 de compétition d’origine. C’est le son rauque et sympathique d’un bicylindre… de 2CV. «Le but n’est pas de faire le fou. C’est une voiture avec laquelle on se promène, avant tout», s’amuse le propriétaire namurois. «Le projet est quand même d’améliorer un peu le moteur».

Bricoleur mais pas mécano

Sammio base souvent ses répliques en polyester sur un châssis de Triumph Spitfire. Celle-ci a été réalisée avec les dessous de la voiture du peuple d’André Citroën. Elle n’en reprend donc pas uniquement le flat twin de 602cm3 refroidi par air, et ses 29 ch, mais nombre de pièces mécaniques, dont bien sûr la transmission. Le guidage de la boîte, qui était au tableau de bord, a déjà été modifié pour revenir au plancher. La génératrice va aussi être placée plus bas, de manière à ne plus garder, comme sur la Lancia D24, qu’un seul bosselage sur le capot sculpté.
«C’est une voiture amusante parce qu’on peut toujours l’améliorer pour en faire quelque chose», explique Henry Schuermans. Architecte de profession et touche-à-tout dans l’immobilier et la décoration, «je suis bon bricoleur, dit-il, mais pas du tout mécanicien ». Alors il se fait aider, et guider, par ses amis du club Citroën de Haillot. «Si je n’avais pas eu le club, reconnaît-il, je n’aurais pas acheté cette voiture. Clairement.» Il n’en reste pas moins amateur de vieilles et belles voitures (il possède aussi une superbe Mercedes SL de 1958, achetée à la mère d’une amie quand il avait 22 ans). Son épouse, Françoise, est, elle, une inconditionnelle des 2CV. Tout se rejoint.

«Mon but, explique Henry, c’est de s’imprégner et de modifier la voiture pour être le plus proche de l’esprit des voitures de course des années 50.» Au départ de photos, de catalogues, et par la recherche de pièces, si pas d’origine, du moins dans la veine de l’époque. Un gros boulot a été consenti sur l’habillage tout en aluminium riveté de l’habitacle. Sur une table de son atelier, le dessin et la matrice découpée d’un projet d’instrumentation de bord. Avec ses amis, Henry se rend aussi en Angleterre, pour dénicher un siège, un volant ou des compteurs qui conviendraient mieux à son projet.

«C’est comme un jouet, c’est un peu le principe. Un Mécano pour les grands», confesse l’homme de 63 ans avant de se glisser, sourire aux lèvres et casque aviateur sur le crâne, derrière le volant de son engin. «Il a fallu dix secondes pour qu’il se décide à l’acheter. Il en est fou», ajoute sa complice.

L'art, l'Inde et les 2CV de Madame

La passionnée de 2CV, c’est d’abord elle. Françoise. La discrète épouse. Elle parle du pedigree de ses voitures avec la science d’un vrai connaisseur, mais en connaît les organes sur le bout des doigts. «Avant, j’étais d’office dans les moteurs, les mains dans le cambouis. Les femmes, dit-elle, ce n’est pas courant, au club Citroën. Moi, on me parle mécanique et je raffole de ça».
«Un jour, on s’est retrouvé sans voiture, précise le mari. Elle m’a dit qu’elle voulait une 2CV. Sa mère en avait eu une. » C’était en 1999. D’autres ancêtres se sont ajoutés depuis au parc de madame : dont une Type A de 1953, un modèle de 1961 et un de 1985, transformé avec un coffre sac à dos. Elle en conserve quatre, mais en a eu jusque huit. «Une pour chaque jour de la semaine.»
«Aujourd’hui, je m’en détache un peu», avoue Françoise qui voue à la sculpture et aux voyages une passion plus grande encore. Le couple de retraités passe six bons mois de l’année en Inde, où il s’est investi dans un projet d’Art Therapy dans des centres pour femmes. «Nous, on possède trop. Alors on essaie de partager », confie-t-elle tout simplement.
 

Henry Schuermans vous présente sa très belle 2CV Sammio dans notre reportage vidéo ci-dessus.

Découvrez ici toutes les photos de la 2CV Sammio d'Henry.

+ Prolongez l'info dans le supplément Deuzio de ce samedi 22 juin 2013.