Chez Greenpeace, on est sans doute un peu utopiste, mais pas naïf. En envoyant hier matin un huissier frapper à la porte du 16 rue de la Loi pour mettre en demeure le gouvernement fédéral pour négligence dans son devoir de protection de la population en cas d’accident nucléaire majeur, le lobby vert ne croit pas un instant que les plans d’urgence vont être revus dans le mois comme demandé.

Tout simplement parce que selon Greenpeace – qui avance de nombreux arguments à voir ci-dessous – la Belgique ne peut se permettre d’avoir le moindre réacteur nucléaire sur son territoire sans mettre la population en danger. Plan d’urgence ou pas.

«L’Agence Fédérale de Contrôle nucléaire a elle-même reconnu en mars 2011, après la catastrophe de Fukushima, qu’aucune zone en Belgique n’était exempte de risque», indique Eloy Glorieux, chargé de mission nucléaire auprès de Greenpeace Belgique. Avec 21 réacteurs nucléaires en Belgique et aux alentours directs (France et Pays-Bas), une implantation des réacteurs très proches des agglomérations et une densité de population élevée, les plans existants sont obsolètes, insuffisants voire carrément inutiles, dit Greenpeace. «Lors de l’accident de Tchernobyl on a évacué 116 000 personnes et 130 000 à Fukushima, indique Eloy Glorieux. Si cela arrive à Tihange, ce sera 840 000 personnes et 1,5 million autour de Doel!»

Irréalisable quel que soit le plan d’urgence? «Poser la question c’est y répondre», dit Greenpeace qui admet que cette mise en demeure est avant tout une manière de mettre la pression sur le gouvernement pour qu’il refuse le redémarrage des réacteurs fissurés de Doel 3 et Tihange 2 et ne postpose à nouveau le plan de sortie du nucléaire.

L’organisation assure d’ailleurs qu’elle ne s’en tiendra pas à l’action d’hier et, si rien n’est fait, déposera plainte en justice à brève échéance contre l’État pour négligence dans son obligation à protéger la population. «Cette action, qui pourrait faire jurisprudence est d’ailleurs suivie de près par nos bureaux en France et aux Pays-Bas qui pourraient embrayer.»

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