Très différente.

«Susan, ça fait un moment qu’elle nous trottait dans la tête». Anne Plichota est venue seule à Bruxelles pour parler de Susan Hopper, la nouvelle héroïne à qui, elle et sa complice Cendrine Wolf, viennent de donner naissance. «C’est une histoire plus sombre, plus intime que le monde d’Oksa Pollock.» Oksa Pollock qui, en trois ans à peine, a propulsé les deux amies strasbourgeoises, ex-bibliothécaire et ex-animatrice socioculturelle, au rang de stars de la littérature jeunesse en France. «Nous allons sortir le 6e et dernier tome des aventures d’Oksa à l’automne, poursuit Anne Plichota, et son personnage devient un peu obsessionnel. On finit par ne plus avoir de recul. Écrire les aventures de Susan Hopper nous a permis de travailler autre chose et nous a redonné une nouvelle dynamique pour poursuivre celles d’Oksa.»

Susan a à peine trois ans lorsqu’elle perd son père et sa mère dans l’incendie de leur maison. Depuis, elle mène la vie d’une enfant puis d’une adolescente difficile dans un orphelinat, refusant toutes les familles d’accueil qu’on lui propose. Lorsqu’à 14 ans, elle rencontre les Hopper et leur fils Eliot, elle reconnaît sur Helen, la mère de famille, le parfum de sa propre mère. Et elle n’a plus qu’un but, se faire accepter par cette famille. Mais dès son arrivée dans le manoir écossais des Hopper, d’étranges cauchemars la hantent.

«On tournait toutes les deux autour d’une esthétique gothique, à la Tim Burton avec une ambiance brumeuse. Susan est un personnage un peu difficile. Cendrine quand elle était éducatrice spécialisée a beaucoup travaillé dans des milieux défavorisés où elle a croisé des jeunes en difficulté qui l’ont touchée. Chaque vie que l’on croise peut être un roman.»

Le parfum perdu, premier tome des aventures de Susan Hopper est plus «adolescent» que les aventures d’Oksa Pollock. «À l’adolescence, on a souvent des difficultés à aimer et à être aimé. Susan n’est pas une ado comme les autres, elle porte une malédiction familiale sur ses épaules. À ses côtés, Eliot est aussi un être différent. Il souffre de la maladie des «enfants de la lune». Il ne supporte pas les rayons du soleil. C’est une maladie orpheline. Susan et lui représentent deux manières différentes d’être solitaire.»

L’aventure se déroule aussi entre les rêves et la vie réelle, «je suis très sensible aux cauchemars, ils peuvent perturber mes journées. Cendrine de son côté était intéressée par le rêve paradoxal où le corps n’a plus aucune réaction alors que le cerveau tourne à plein régime. On s’est dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire. Le corps qui passe de l’autre côté…»

Proches des deux ados, on découvre aussi des personnages secondaires plus complexes que dans Oksa. Helen, la mère froide et pudique. Alfred, le grand-père un peu original mais tellement complice. Et puis Georgette, le chien, un carlin qui zozote! «C’est le chien de Cendrine. Dès le départ, on voulait un chien pour cette histoire. Et on avait décidé de l’appeler Raymond, on trouvait ça rigolo. Puis on a découvert le chien et c’était… une chienne : Georgette! On l’emmène même en dédicaces. C’est l’élément comique de l’histoire.»

Entre fantômes et cauchemars, Susan Hopper est une histoire plus sombre que celle d’Oksa, moins fantaisiste et qui s’adresse sans doute à des ados un peu plus âgés. «On le conseille à partir de 13 ans mais ça dépend de la maturité, du goût pour la lecture. Et puis, si c’est comme Oksa, on s’est rendu compte que c’était une lecture devenue familiale. Il y a une part adulte dans nos personnages.»

Il faudra attendre avril 2014 pour connaître la suite des aventures de Susan Hopper. «Nous terminons d’abord Oksa et c’est impossible de travailler sur les deux personnages en même temps. Normalement, Susan Hopper sera une trilogie, enfin au moins… ça dépendra un peu du découpage et du partage de l’histoire.»

Anne Plichota et Cendrine Wolf, «Susan Hopper, le parfum perdu», XO Jeunesse, 387 p.