«Le bon coupable», le dernier Armel Job est un excellent cru.

C’est dans un petit village des Ardennes liégeoises des années 60 que nous plonge le dernier roman d’Armel Job, Le bon coupable. Et si l’histoire est marquée par un fait divers, la mort tragique d’une petite fille (voir ci-dessous), nous sommes loin du banal roman policier. À travers la vie d’un village, les relations des habitants, Armel Job dresse un portrait tendre mais impitoyable de nos petites sociétés humaines.

Après le très contemporain, « Loin des mosquées », retour aux années 60. Pourquoi ?

Un roman a toujours avantage à se dérouler dans le passé. Ça permet de mettre les choses à distance, elles sont terminées. Le lecteur sait que tous les personnages sont morts ou vieux. On peut se retourner sur les événements, les voir d’une façon plus sereine, avec un certain détachement. Ils peuvent même en être sublimés. Mais dans Le bon coupable, une autre dimension intervient. Dans les années 60, les gens n’avaient pas la même attitude face à la culpabilité qu’aujourd’hui. Enfin, j’attache beaucoup d’intérêt au pittoresque dans la narration. Les années 60 ont un aspect un peu anecdotique, presque folklorique. Ce passé ressurgi nous fait un peu sourire. En télé aussi d’ailleurs, regardez le succès de séries comme Mad Men par exemple.

Un procureur face à un bâton de chaise, un garagiste qui épouse une artiste lyrique, « Le bon coupable » c’est aussi la lutte des classes ?

Les choses se passent d’une façon inconsciente chez moi. Les faits se présentent comme ça. Mais je veux éviter la caricature de la lutte des classes. Je voulais simplement montrer que des personnes, quel que soit leur niveau social ou intellectuel sont face à elles-mêmes lorsque surgit un événement dramatique. Elles révèlent ce qu’elles ont en elles. C’est vrai que Carlo, un homme sans grande moralité, presque nihiliste est dans une position différente de celle de Régis Lagerman, le jeune procureur, puissant du fait de sa fonction. Mais ce dernier est presque victime de l’autorité dont il est revêtu. Face au drame qu’il provoque, il ne peut pas réagir de la même manière que quelqu’un qui a le profil idéal pour endosser la faute.

C’est horrible, justement, le non-coupable qui le devient…

La morale ne triomphe pas. Ce serait réconfortant. Mais est-ce notre envie que le vrai coupable soit inculpé ? N’y a-t-il pas une certaine naïveté de notre part dans la vie ? La Justice triomphe-t-elle toujours ? Puis on peut aussi se demander si cette fin n’est tout de même pas positive. Il y a au moins quelqu’un qui prend ses responsabilités. Carlo prend conscience que toute sa vie a été un échec, qu’il s’est toujours menti, qu’il a échappé à ses responsabilités. Alors il assume, il prend quelque chose à son compte, peu importe qu’il soit ou non réellement coupable… Finalement, j’interdis au lecteur de vivre sans se poser de question sur ses propres culpabilités. Avons-nous tous les mains si propres que pour vivre confortés dans l’idée que tout va bien, que la vérité finit toujours par triompher !

Le titre initial annoncé était « Délit de fuite ». Pourquoi finalement « Le bon coupable » ?

Nous avons dû le changer pour des raisons légales. Mais c’est une bonne chose. Le bon coupable reflète bien l’ambiguïté de cette histoire. Ce bon coupable peut tout aussi bien être le vrai que celui qui a la bonne attitude devant la culpabilité.¦