L’éjaculation précoce, estiment les spécialistes, touche trois hommes sur dix. C’est dire à quel point cette problématique est répandue au sein de la population et génère de nombreuses insatisfactions, baisses de l’estime de soi, voire anxiété et baisse de la qualité de vie au sein des couples.

Peu d’études existent pourtant à ce sujet et les hommes sont bien peu nombreux à suivre un traitement, qu’il soit psychologique ou pharmacologique. Des méthodes ont pourtant été mises au point et sont relativement efficaces, mais ce trouble sexuel demeure insuffisamment traité.

Par exemple, une étude menée en 2007 auprès de 12000 hommes établit que 22,7 % d’entre eux estiment avoir «pas» ou «peu» de contrôle sur leur éjaculation et que cela leur pose un problème. Parmi ces hommes estimant avoir un «problème», seuls 13,2 % ont consulté un professionnel, pour finalement avoir un degré de satisfaction assez bas.

Une autre étude française datant de 2008 a interrogé un peu plus de 4000 hommes et 40 % d’entre eux estiment qu’il leur arrive «parfois» ou «souvent» d’éjaculer trop rapidement. Et pourtant, à nouveau, très peu suivent un traitement.

 

 

Le département Santé et Qualité de Vie de la province de Liège a donc lancé en 2008 une vaste étude sur la problématique, en partenariat avec les facultés de médecine et de psychologie de l’ULg.

Le « Guide pratique de l’éjaculation précoce » pour une bibliothérapie

Ce programme, intitulé «BibliotEP-1», a rassemblé quelque 400 volontaires. Tous ont été dotés d’un «Guide pratique de l’éjaculation», livret d’une cinquantaine de pages élaboré par trois spécialistes de l’ULg, qui aborde la problématique.

Ce guide propose une série de techniques et méthodes pour diminuer l’éjaculation précoce ou, du moins, renforcer le contrôle que les hommes peuvent exercer sur l’éjaculation. «À vrai dire, on ne contrôle pas l’éjaculation puisqu’il s’agit d’un réflexe, mais il y a moyen d’apprendre à contrôler tout ce qui vient avant, à savoir l’excitation», précise le Dr Philippe Kempeneers de l’ULg. En plus de l’apprentissage à gérer l’excitation, le guide permet aussi de «relativiser le coït en qualité de mode d’obtention du plaisir. On est souvent centré uniquement sur la pénétration», constate encore Philippe Kempeneers.

Une évaluation a ensuite été effectuée parmi ces volontaires. Globalement, tant du point de vue du timing que du contrôle, de la satisfaction sexuelle et de l’anxiété, les résultats de cette bibliothérapie sont encourageants.

«Parmi les volontaires, presque 35 % ont tout de même répondu «1» ou «2» et n’ont donc pas vu d’amélioration», relève Philippe Kempeneers. Le deuxième volet de cette étude, «BibliothEP-2», visera donc à optimaliser cette bibliothérapie.

300 volontaires recherchés pour « BibliothEP-2 »

Les chercheurs, pour ce faire, invitent les éjaculateurs précoces à prendre contact avec eux. Le principe de cette deuxième partie de l’étude consiste à assortir la lecture du «Guide pratique de l’éjaculation précoce» d’entretiens avec des personnes spécialisées.

En quelque sorte, le fait d’organiser deux entretiens de 45 minutes pour le volontaire pourrait permettre d’optimaliser l’utilisation du guide pratique et d’en améliorer l’efficacité. En comparant les différents résultats, les chercheurs pourront donc déterminer si les entretiens cliniques apportent une vraie plus-value à la bibliothérapie.

Agir en première ligne

Ces entretiens seront réalisés avec des étudiants en médecine ou en psychologie de l’ULg qui ont été spécialement formés pour l’étude. À terme, si l’étude s’avère concluante, l’objectif consisterait à former de nombreux professionnels de la santé (les généralistes par exemple) pour qu’ils puissent agir en première ligne.

Le «Guide pratique de l’éjaculation précoce», éventuellement accompagné d’entretiens avec des personnes formées, constituerait à terme un outil peu onéreux et facile d’accès pour l’ensemble de la population concernée (3 hommes sur 10). «Puisque les hommes sont peu enclins à consulter des spécialistes, les professionnels de la santé tels que les généralistes pourraient alors agir très simplement en première ligne», explique Philippe Kempeneers.

Tout volontaire intéressé par une participation à cette bibliothérapie assistée de deux entretiens peut téléphoner au 0471/715438 ou consulter le site www.bibliothep.be.

Qu’est-ce que l’éjaculation précoce ?

L’une des difficultés, lorsqu’on évoque l’éjaculation précoce, consiste à s’entendre sur la définition exacte du problème. «Certains éléments font consensus», explique Philippe Kempeneers. Ainsi, l’éjaculation précoce implique «la rapidité de survenue du réflexe éjaculatoire, mais surtout un sentiment que de faible contrôle, qui implique un sentiment de détresse et d’insatisfaction sexuelle.»

Si sa prévalence est estimée entre 20 et 30 % de la population masculine, les études menées à ce sujet divergent. «Cela va de 10 % à 175 %, mais tout dépend de la méthodologie employée : jusqu’à quel timing estime-t-on qu’il y a éjaculation précoce? De quelle manière ont été posées les questions? etc.»

Le contexte socioculturel influence aussi fortement la vision que l’on peut avoir de l’éjaculation précoce, donc sa prévalence dans la population. «On ne fait pas l’amour de la même manière partout et à toutes les époques et les représentations sociales de l’érotisme varient.» En d’autres termes, une éjaculation précoce en Belgique aujourd’hui ne serait peut-être pas considérée comme telle dans une autre culture ou à une autre époque et vice-versa.

Les causes de l’éjaculation précoce, enfin, sont multiples. Elle peut être due à des facteurs biologiques, comportementaux, émotionnels et/ou culturels.

www.bibliothep.be