Albert Verdeyen, vous allez vanter la frite au Québec. Mais à Montréal, on connaît la frite quand même!

Bien sûr, les Canadiens en mangent pas mal! Je ne pars pas pour les convaincre de manger des frites mais pour leur expliquer l’art de la frite à la belge et leur prouver que les meilleures frites sont belges. Avec notre double cuisson! C’est le plus important, comme je le dis toujours.

Vous êtes invité par une chaîne aux couleurs noir-jaune-rouge…

Chez Frites Alors!, ils sont convaincus par la double cuisson, vous savez! Ce sont des belgo-québécois dont la franchise possède 15 restaurants. Ils m’invitent pour insister encore sur le côté belge de la frite. A Montréal, je vais leur expliquer comment vendre sur place, comment emballer pour emporter…

Les Québécois ne mangent pas les frites en extérieur?

Si bien sûr, ils les consomment à la belge déjà!

Et puis, il y a la fameuse poutine. Vous en pensez quoi?

C’est dégueulassement bon! Un truc formidable! Il y a ce jus de viande à l’échalote, les frites et le fromage en grains saupoudré dessus. C’est très lourd. ça recale comme je dis. Et c’est vraiment le plat-phare là-bas.

Vous avez des idées pour la décliner à la belge?

Bien sûr! Déjà, la sauce ressemble un peu à celle de nos carbonnades. Ça va donc très bien ensemble. On pourrait belgiciser avec une sauce blackwell par exemple, en mélangeant jus de viande, sauce pickles et crème. Ça serait succulent. Je crois aussi que la poutine, c’est une bonne occasion pour plaider pour les frites sans sel.

Un de vos dadas.

Je plaide vraiment pour qu’on mange les frites sans sel. Pour trois raisons. D’abord parce qu’il y a déjà assez de sel dans la sauce. Ensuite, parce que ça ramolli la frite. Enfin, parce que c’est mauvais pour la santé.

Outre cette mission québécoise, vous avez autre chose sur le feu?

Je prépare le dernier volume de Stoemp. Il y aura une petite touche québécoise puisqu’il présentera des stoemps du monde entier.

Cette cuisine belge que vous incarnez a parfois la réputation d’être populaire, mais peu raffinée.

C’est faux. Elle est très simple, mais très originale. Je me battrai toute ma vie pour transmettre ça. D’ailleurs, partout où je vais, au Tour de France ou ailleurs, la cuisine belge a excellente réputation. Peut-être meilleure que chez nous. Les Français sont chauvins avec leur cuisine. Nous pas assez. Pourtant, à New York, les restos belges cartonnent. Les Américains en sont fous! On est trop humbles.

 


Mission Québec

 

On ne parle pas encore de sirop d’érable dans les fritkots bruxellois. Mais on peut s’attendre à tout. Car comme ambassadeur de la frite belge à Montréal, Albert Verdeyen risque de revenir avec plusieurs idées dans son cornet de frite.

Accompagné de son collaborateur Marc Van Staen, qui coécrit ses livres, le Bruxellois de l’année 2011 va rencontrer grands chefs, étudiants en hôtellerie et restaurateurs pour échanger autour de la frite mayo. «Dans le cadre des grandes rencontres de l’ITHQ, l’Institut de Tourisme et d’Hôtellerie de Québec, Albert va même succéder à Ferran Adrià, le chef du fameux El Bulli et sa cuisine moléculaire». Un rendez-vous de prestige pour le binôme. «On tentera de les convaincre que la frite n’est pas du fast-food, mais du slow food qui va vite», rigole Van Staen.

Des rendez-vous économiques autour de la frite sont aussi au programme puisque le fameux cornet à trous de Toni Melandrini et Luc Segers ou des friteries à gaz pour réussir outre-Atlantique des frites comme chez nous. Comme des discussions avec le cercle économique Wallonie-Québec. Le tout sous le patronage Patrick De Corte, le «parrain» d’Albert Verdeyen depuis le début et roi de la frite ambulante dans les foires belges.

«Ce voyage, c’est aussi une belle rencontre», se réjouit Marc Van Staen. «On va retrouver Jean Jurdant. Né à Tournai et parti jeune au Québec, il a fondé Frites Alors! avec un autre Belge et un Canadien. Ils ont une carte des poutines formidable. Il y a un côté audacieux car la franchise revient tout doucement en Europe. Et son rêve, c’est de revenir s’installer à Bruxelles avec une adresse à lui».

Prochaine étape : une semaine du stoemp à New York.