Claude Rolin, vous êtes le secrétaire général de la CSC. Vous annoncez une mobilisation massive pour jeudi. Elle sera vraiment massive ?
Ce n’est pas une grève générale. Mais on attend entre 15 000 et 20 000 personnes. Les cars et les trains sont réservés. Et quand on passe la barre des 10 000, c’est un signe lourd de malaise. La question, c’est comment rebondir après cette mobilisation au niveau de la concertation sociale.
La concertation est à l’arrêt.
Oui. Le gouvernement devait donner des éclaircissements lundi. Ça n’a pas eu lieu. Tout est suspendu.
Mais ce sont les syndicats qui manifestent. On ne négocie pas en manifestant en même temps…
Le gouvernement a demandé des positions communes aux partenaires sociaux. On les lui a données. Et puis, rien ne s’est concrétisé. En plus de ça, le gouvernement a bloqué toute possibilité de négociations salariales au niveau des secteurs et des entreprises. Or, ces négociations-là sont le cœur même d’une concertation sociale.
Qui est responsable ? Le gouvernement ? La ministre de l’Emploi Monica De Conick (s.pa) ?
Elle a une responsabilité particulière de par sa fonction. Mais ce sont les équilibres au sein du gouvernement qui bloquent. Et puis le contexte particulier de crise. Dès le départ, nous savions que ce serait particulièrement difficile et que les espaces de négociation seraient étroits. Nous savions qu’il y a deux ans nous n’avions pas trouvé d’accord interprofessionnel. Le gouvernement avait dû procéder par arrêtés royaux pour les salaires. D’ailleurs, on a commencé à négocier plus tôt que d’habitude, en août, au sein du groupe des 10. Et puis, le gouvernement a adopté un budget 2013 qui coupait toute possibilité de parvenir à un accord interprofessionnel (AIP).
En même temps, le gouvernement a sauvé l’indexation des salaires.
Oui. On s’est bagarré pour sauver l’indexation et on l’a sauvé.
Le prix à payer c’est le compromis trouvé. C’est ce qui mène à une modération des salaires aujourd’hui.
Oui. Mais c’est une erreur. Le gouvernement a considéré que les partenaires sociaux n’étaient pas suffisamment responsables pour négocier ça entre eux. Or nous sommes responsables. Les syndicats ne sont pas des flambeurs.
Vous auriez pu décider ensemble d’une modération des salaires ?
Oui. Si cette modération était responsable.
Tous les pays européens pratiquent une austérité salariale. La Belgique apparaît protégée grâce à l’indexation.
La Belgique est dans une situation moins mauvaise. Jusqu’il y a peu, elle a mieux résisté à la crise. Pour trois raisons. Grâce à notre sécurité sociale. Grâce à l’indexation des salaires. Et parce que nous sortons d’une période sans gouvernement donc sans décisions d’austérité. Les politiques d’austérité ont montré qu’elles étaient absurdes. Voyez la Grèce. Des années d’austérité et 50 % de jeunes au chômage aujourd’hui. Ces gens ont moins de salaire, consomment moins et ont des dépenses publiques réduites. La Belgique ne doit pas commettre cette erreur.
Qu’attendez-vous de ce 21 février ?
Toute mobilisation doit modifier les cartes qui sont sur la table. Une négociation doit être du gagnant-gagnant.
Il faut que la concertation avance.