Dès lundi, «le premier salon de lecture numérique bruxellois » s’ouvrira à la bibliothèque publique de Berchem-Sainte-Agathe. Deux tablettes et deux liseuses, un coin salon pour les manipuler avec les conseils avisés des bibliothécaires, c’est bien. Mais faut-il pour autant parler de révolution? Certainement pas. D’autant que la lecture numérique a déjà fait son entrée dans d’autres bibliothèques publiques en Communauté Wallonie-Bruxelles.

Cette première bruxelloise et, surtout, le fait que la bibliothèque en fasse un argument de promotion, illustre par contre une tendance inéluctable qui transformera radicalement le paysage des bibliothèques publiques.

«L’offre numérique se développe en effet assez bien partout, confirme Jean-François Füeg, directeur du Service de la lecture publique à la Communauté Wallonie-Bruxelles. Mais cela se fait de manières différentes car on est encore dans une période de tâtonnements.» Une toute récente étude commandée par la Communauté à ce sujet constate d’ailleurs que l’informatique des bibliothèques et leur système de gestion intégrés ne sont ni adaptés, ni préparés à l’arrivée des livres numériques.

Un autre écueil est la position des éditeurs de livres : «Les grands éditeurs par exemple préfèrent faire la diffusion numérique eux-mêmes, note Philippe Coenegrachts, directeur des Chiroux à Liège. Ils restent prudents sur la cession de leurs droits car le marché du numérique est encore très fluctuant et ils attendent donc de voir si cela va être rentable. » Les Chiroux, qui compte pourtant déjà un important catalogue numérique en streaming (voir ci-contre), a ainsi du mal à obtenir les droits des livres des grandes maisons d’édition. Dans ce cas, la solution est l’achat du fichier numérique à la pièce mais qu’on ne peut alors prêter qu’à un seul lecteur à la fois, à la manière du livre papier.

Un entrepôt numérique global

Comme le préconise l’étude commandée par la Communauté, l’avenir du prêt numérique passera sans doute par une mutualisation des moyens et ressources des bibliothèques autour d’une plateforme technique centrale. Une extension en quelque sorte du projet Samarcande.be : un portail de la Communauté qui regroupe 3 millions de références de livres et autres documents, ainsi que leur localisation dans les bibliothèques.

«On travaille d’ailleurs à la création d’un entrepôt numérique global où l’on pourra directement emprunter des livres sous forme numérique», dit Jean-François Füeg. Un entrepôt qui ne compterait dans un premier temps que des livres libres de droit en s’appuyant sur le catalogue de . Un site qui concentre en une seule adresse 5 500 livres du domaine public en français et issus des bibliothèques électroniques francophones (Québec, Suisse, France,…). Une bibliothèque numérique qui pourrait s’enrichir de la littérature belge et qui devrait être prête d’ici un an.