Les généalogistes amateurs sont le plus souvent âgés. Pour vous, Élodie Razy, spécialiste de l’anthropologie sociale et familiale (ULg), est-ce dû au fait que la retraite dégage du temps libre, ou au fait que, plus vieux, on s’intéresse aux liens familiaux « longs » ?

Si c’est effectivement à l’âge de la retraite que l’activité des généalogistes s’intensifie, cela ne signifie pas que tous les férus de généalogie sont à la retraite. Les naissances, les décès, ou leur imminence lorsque les parents vieillissent marquent les différentes étapes du cycle de vie et la succession des générations.

Ces événements, déclinés diversement en fonction des histoires personnelles, peuvent être les déclencheurs d’un intérêt ou d’une passion pour la généalogie dont le fil conducteur est le plus souvent la quête de soi et la transmission.

On peut cependant noter que l’accès en ligne à des données ouvre la voie à un public plus large et plus diversifié, pour des recherches ponctuelles ou dans la longue durée. De même, on peut remarquer que la connaissance généalogique, qui convoque alliance et filiation, était initialement l’apanage des familles aristocratiques, mais qu’elle s’est progressivement répandue pour concerner aujourd’hui toute la société.

Le fort regain d’intérêt actuel pour la généalogie est-il à mettre en lien avec la modification des structures familiales ?

Il n’existe pas de lien causal direct entre ces deux phénomènes. Mais on peut affirmer que les évolutions de la famille et de ses déclinaisons qui voient en même temps l’enfant prendre de plus en plus de place et de valeur dans notre société créent un terreau favorable à la quête des origines.

En effet, dans notre société où le système de parenté est basé sur les « liens du sang », l’exemple des enfants adoptés, nés sous X, ou encore nés de donneurs de sperme ou d’ovocytes anonymes donne une importance particulière à cette quête des origines. Si ces enfants sont tout à fait inscrits dans leur parenté sociale, pour certains d’entre eux, la recherche de la famille biologique est centrale.

C’est dans une sorte de tension entre le développement de liens de parenté plus sociaux que basés sur le biologique (familles recomposées, familles homoparentales, etc.) et la réaffirmation idéologique incessante de la primauté des « liens de sang » que se situe le cadre de toute quête des origines dans notre société.

Cet intérêt pour la généalogie peut-il être comparé au « culte des ancêtres » en vogue dans certaines sociétés, ou procède-t-il d’une volonté de mieux se connaître soi-même, en sachant d’où l’on vient ?

Il serait hasardeux et superficiel d’établir un lien entre l’intérêt occidental pour la généalogie et le culte des ancêtres qu’on retrouve dans des sociétés où cette pratique s’inscrit dans un système religieux complexe, autour d’une vision particulière du monde et de sa création.

En revanche, au cœur de la recherche généalogique se trouve une forme de quête de l’inscription de soi (et des siens) dans une lignée – qui convoque le passé (les ascendants), le présent (les personnes auxquelles on est apparenté) et l’avenir (les descendants qu’on a ou qu’on aura).¦ Phi. Le.