Quand une compagnie de transport annonce une commande record de véhicules, en l’occurrence des bus, ça suscite de nombreux espoirs auprès des fabricants. Encore plus quand ladite société s’appelle De Lijn et que le spécialiste en matière de conception de bus est… flamand. Alors, quand l’annonce de la mégacommande révèle que les bus seront français (mais produits en Tchèque), ça ne plaît pas à la direction de Van Hool.

La polémique enflamme la Flandre depuis hier. Un peu à l’image de ce qu’il s’est passé chez nous avec la délocalisation par le Forem d’un bureau au Maroc. Sauf qu’ici, les conséquences seront bien plus lourdes. Tant en termes d’emploi que de création de richesse économique.

Commande record de 93 millions d’euros

La société régionale flamande De Lijn, l’équivalent au nord du pays des TEC, a annoncé avoir passé commande pour 386 bus. Montant du contrat : 93 millions d’euros. Jamais une commande n’avait été aussi importante. Mais voilà, à peine plus d’un quart de la commande (103 bus) a été confié à des entreprises flamandes.

Au nord du pays, on parle déjà d’unnouveau cas Fyra, du nom de ce train à haute vitesse qui devait relier la Belgique aux Pays-Bas en un temps record mais qui a été depuis retiré de la circulation suite à des ennuis techniques. «De Lijn prend un gros risque avec ces bus étrangers. Le transporteur wallon Tec a jadis commandé des bus en France et elle s’en est souvent plaint, a déclaré au Nieuwsblad Luk De Bock, du syndicat chrétien ACV Metea. Et le fiasco du Fyra sur le rail a aussi montré à quel point il est dangereux de toujours choisir le bus le moins cher

« Le prix n’est absolument pas l’unique critère »

«On doit tenir compte des règles européennes, a réagi le ministre-Président flamand Kris Peeters. Le prix n’est absolument pas l’unique critère.» Et celui que l’on présente volontiers comme le futur Premier ministre belge de rappeler qu’un nouvel appel d’offres pour des bus hybrides sera bientôt lancé.. «Van Hool a, dans ce domaine, beaucoup d’expertise, nous espérons donc qu’ils s’inscriront

Reste que du côté des syndicats et des constructeurs, on ne décolère pas. «Le fait qu’une grande partie de la commande parte à l’étranger aura des conséquences sur l’emploi ici, prévient Dirk Snauwaert du constructeur flamand Van Hool. On va devoir recourir au chômage économique, c’est inévitable

Chez VDL Bus, à Roulers, le sentiment est similaire, malgré l’octroi d’une partie de la commande (68 bus). «On perd un vrai match à domicile .» Et Peter Wouters, le directeur de la société d’ajouter : « Irisbus emporte le lot le plus important parce qu’ils étaient le moins cher. Ils fabriquent aussi des bus à bas salaires, qui vont être construits en République tchèque. Pourtant, nos bus sont meilleurs d’un point de vue technique et qualitatif, mais malheureusement ça n’a pas été décisif.»