C’est le service public fédéral de programmation «Intégration sociale» qui fournit les données de base : entre 2008 et 2011, le nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration sociale a considérablement augmenté. La plus forte augmentation est constatée en Wallonie (+16,68 %), puis Bruxelles ( +15,25 %) et la Flandre (+ 7,71 %). Au total, la Belgique comptait 94 551 bénéficiaires du RIS en 2011, contre 83 038 en 2008 (+ 13,86 %).

Le fédéral intervient pour partie dans la prise en charge des RIS délivrés par les CPAS : de 50 à 65 % selon le nombre de bénéficiaires par commune. «Mais nous avons calculé, sur la base du budget 2013 et de la note de politique générale de Maggie De Block (NDLR : secrétaire d’État à l’Intégration sociale) que la contribution des CPAS allait augmenter fortement en 2013 par rapport à 2011», annonce Georges Gilkinet, député fédéral Écolo (opposition).

Et pas qu’un peu : 10,5 % de charges RIS en plus pour les CPAS bruxellois et wallons. «Pour 2013, on estime en effet que la contribution propre des CPAS bruxellois et wallons (et donc des communes), s’élèvera à plus de 225 millions d’euros pour la seule prise en charge des bénéficiaires du revenu d’intégration. Il s’agit là d’une défédéralisation implicite de la solidarité, dénonce Georges Gilkinet. L’austérité se fait sur le dos des communes.»

Passer à 90 % d’intervention

Pourquoi cette augmentation? «Il y a le contexte général de pauvreté, l’augmentation de l’exclusion sociale. Et puis la politique d’exclusion des demandeurs d’emploi décidée par le fédéral. Sans compter la dégressivité accentuée des allocations de chômage qui va bientôt connaître sa vitesse de croisière. Ce qui va alourdir notre diagnostic », développe le député fédéral.

Les bénéficiaires augmentent. Les CPAS trinquent forcément. Qu’est-ce qu’on fait?

L’Écolo a bien lu la note de politique générale de Maggie De Block. Mais il n’est pas convaincu. «Ce sont des mots. Il n’y a pas de chiffres.»

Georges Gilkinet propose de revoir absolument les politiques de sanction contre les chômeurs. «Il faut une politique de l’emploi plus inclusive, créatrice d’emploi. C’est une priorité. “Trouvez du boulot!” Encore faut-il qu’il y en ait… On pourrait revoir le rôle des banques par rapport aux PME, soutenir l’économie sociale qui est elle aussi victime de l’austérité fédérale alors qu’elle a un rôle spécifique à jouer. »

Il voudrait aussi que les revenus d’intégration soient relevés au niveau du seuil de pauvreté. «Et l’intervention du fédéral doit passer à 90 %, pour que les communes ne soient pas réduites à de simples guichets Mister Cash. Elles pourraient consacrer ainsi plus de moyens à de vraies politiques sociales», dit-il.

Et ça coûte combien au fédéral de passer à 90 % d’intervention RIS? Selon Écolo, 154 millions € en plus Bruxelles et la Wallonie. Vu le contexte, heu… «Tout est une question de choix, tranche Georges Gilkinet. Je ne dis pas que c’est facile, mais la Belgique est un des seuls pays à ne pas taxer les plus-values boursières et à faire des cadeaux aux multinationales. Nous réfutons l’idée qu’il n’y a pas d’alternative à l’austérité. Et c’est au fédéral d’organiser la solidarité. Pas aux CPAS! »