La pudeur avec laquelle Kim Nguyen a tenu à traiter la problématique des enfants soldats permet à son film d’être accessible à partir de 14-15 ans. Le Ramdam a donc mis sur pied un partenariat avec diverses écoles de la région afin de permettre à leurs étudiants de voir le film et d’en discuter ensuite avec le réalisateur. Mercredi, ce sont les élèves de l’ARTEM Mouscron, de l’IPES Tournai et de l’école normale qui ont tenté l’expérience.

«C’est important d’ouvrir le dialogue avec les jeunes  », nous a confié Kim Nguyen, très ouvert à la discussion. «C’est important parce que ce sont eux qui vont administrer notre future société.  »

Et on peut dire que le sujet les a interpellés. À peine le générique terminé, les questions fusaient déjà. Parfois naïves, les réflexions n’en étaient pas moins touchantes.

Les jeunes se sont notamment intéressés aux origines du film et de l’histoire de Komona (Rachel Mwanza, l’héroïne).

«Cela a commencé quand j’ai lu l’histoire d’un enfant soldat en Birmanie. Il se déclarait être la réincarnation de Dieu et poussait les rebelles à se retourner contre le gouvernement. Par la suite, j’ai continué mes recherches et je suis arrivé en Afrique subsaharienne.  »

Et le réalisateur de préciser qu’il s’agit bien d’une fiction. «Même si certains éléments sont issus d’autobiographies que d’anciens enfants soldats ont écrites alors qu’ils étaient dans un programme de réinsertion. Ces récits étaient tellement courts que j’ai pu faire des hyperboles. C’est cependant dans ces textes que j’ai trouvé l’expression des enfants soldats qui disent que leurs larmes doivent couler à l’intérieur d’eux-mêmes, ou que j’ai lu l’histoire de filles, mises enceintes par leur commandant et qui priaient de toutes leurs forces pour être capables d’aimer leur enfant.  »

Très documenté, le film s’appuie donc aussi sur des choses qui se produisent dans la réalité.

Les étudiants se sont également interrogés sur le fait d’avoir centré le film sur le Congo. «Nous n’avions pas d’idées préconçues sur l’endroit où devait être tourné le film. Nous avons été voir plusieurs endroits, mais nous avons trouvé au Congo une qualité artistique intrinsèque qu’il n’y avait pas ailleurs. De plus, le Congo était unique dans ses paradoxes. Il y avait là-bas une espèce de folie. Enfin, à aucun moment nous n’identifions clairement le Congo. C’était une volonté.  »

Les difficultés du tournage ont également été au cœur de l’échange. «N’avez-vous pas reçu de menaces?  », s’est interrogée une étudiante. «Cela a parfois été chaud, mais plutôt à cause des gangs des rues. Pas avec les rebelles  », raconte alors Kim Nguyen au travers d’anecdotes plus épicées les unes que les autres, qui resteront à coup sûr dans les mémoires de tous ces jeunes.

A.R.