Doit-on se passer des services de l’Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire (Afsca) et déterminer nous-mêmes la qualité de ce que nous voulons manger? Le jour même où l’Agence organise son symposium annuel (c’était hier à Bruxelles) sur le thème de la sécurité alimentaire dans les circuits courts, ce sont ces derniers qui posent cette question… et y répondent par l’affirmative.

Pour la Fédération Unie de Groupements d’Éleveurs et d’Agriculteurs (FUGEA) et le Mouvement d’Action Paysanne (MAP) qui mènent la fronde, les griefs envers l’Afsca sont nombreux. Les trois principaux sont détaillés par ailleurs, mais globalement les normes imposées sans distinctions tuent «le petit paysan du coin», disent-elles. Ne laissant bientôt plus la place qu’aux géants de l’industrie agroalimentaire.

Les circuits courts trop destinés à la grosse production

Et ce n’est pas le symposium d’hier qui les fera changer d’avis : «On a bien compris que les circuits courts version Afsca ce sont des circuits courts destinés à la grosse production. Les petits, on n’en tient à nouveau pas compte», regrette Serge Peereboom, président du MAP.

Pour un réseau de grande distribution qui désire se lancer dans la vente de fromages «en direct», il est évidemment plus aisé d’investir les 70 000 à 100 000€ nécessaires pour respecter les normes que pour l’agriculteur qui ne vend que quelques fromages à la ferme.

L’Afsca assure pourtant que des mesures d’assouplissement existent pour les petits producteurs. «Sur papier peut-être. Mais sur le terrain cela reste inadapté au mode de production des paysans et artisans.»

Cellule Action Qualité

Las d’attendre une véritable réorientation des normes imposées indifféremment aux gros comme aux petits, FUGEA et MAP ont créé la «Cellule Action Qualité». Un groupe qui s’est donné comme mission d’organiser « la résistance des paysannes et paysans de Wallonie qui échangent ou commercialisent leurs produits sans intermédiaires».

Pour y parvenir ces associations comptent, d’une part, sur la Région wallonne. À terme, la sécurité alimentaire sera régionalisée. Et les instances wallonnes seraient plus ouvertes à l’idée de lâcher la bride aux petits producteurs et artisans. En travaillant plus dans la philosophie de la France qui a réclamé (et obtenu) des dérogations pour sauvegarder le caractère traditionnel de ses produits du terroir.

Lors de la Foire de Libramont, le ministre de l’Agriculture Carlo Di Antonio (cdH) avait aussi dit souhaiter des exemptions à certaines normes sanitaires pour les petites unités de production artisanales. Estimant que la Belgique est allée trop loin dans l’application des normes européennes.

L’autre appui sur lequel comptent les petits producteurs, c’est le consommateur. Notamment en l’associant à l’élaboration de cahiers des charges de bonnes pratiques d’hygiène et de qualité (voir ci-dessus notre tableau). Car en définitive, entre l’alimentation de la grande industrie, tributaire de filières longues et donc logiquement soumise à des normes sévères, et celle que lui propose l’artisan producteur de sa région, il y a la place pour un citoyen coresponsable. Un consommateur capable de faire un choix et de dire en qui il a confiance.