La presse flamande n’a pas lésiné sur le nombre de pages relatant de la fermeture de l’usine limbourgeoise de Ford. Plusieurs d’entre elles permettent de mieux comprendre le désarroi et l’incertitude dans lesquels se retrouvent désormais des milliers de familles.

Cinq membres de la famille concernés

À commencer par la famille Marinozzi dont cinq membres sont employés par Ford à Genk et qui se sont confiés au Belang van Limburg : le père, Pino (56 ans), mais aussi le fils, la fille, le beau-fils et le neveu. Si lui peut espérer une probable prépension, il se dit inquiet pour l’avenir de ses enfants.

Dont celui de sa fille, Maria, 34 ans, employée à Genk et dont l’époux travaille pour un fournisseur de l’usine. «Nous venons à peine de faire construire et devons rembourser le prêt», explique-t-elle. Et son mari de rajouter : «Je viens juste d’acheter une nouvelle voiture. Est-ce que les syndicats vont m’accompagner à la banque pour leur expliquer qu’on ne peut plus payer?»

Elle attend des jumeaux

La situation est tout aussi dramatique pour Dorien et Kevin Van Briel. Le couple avait de quoi voir la vie en rose. L’épouse de Kevin est enceinte. Elle attend des jumeaux. Mais aujourd’hui, cette grossesse devient angoissante. Du coup, Dorien n’a d’autre refuge que de l’encens pour se rassurer. «C’est pour rester calme, zen», explique-t-elle dans le Belang.

Ce qui l’angoisse, c’est que le couple était employé par un fournisseur de Ford. Les deux vont perdre leur emploi. «Quand j’ai entendu la nouvelle à la télé, je me suis mise à hurler.». Le couple va se mettre à la recherche d’un nouvel emploi et déménager. Car leurs deux petites filles sont attendues pour février, dans un peu plus de quatre mois à peine…

« Comment vais-je éduquer mes enfants ? »

«Comment vais-je éduquer mes enfants?» s’interroge Sabrina Lotto, dans les colonnes du Nieuwsblad. Cette mère de deux enfants a 18 ans de services au sein de l’usine. Et hier, peu après l’annonce, elle a reçu un sms de son fils : «En???» («Et??? »). Deux lettres pour résumer l’incertitude de Ruben.

«Ce n’est jamais simple pour une mère isolée, mais je pensais que ma situation était sûre lorsqu’ils ont annoncé que la production des nouvelles Mondeo, S-Max et Galaxy étaient encore assurées durant six ans. J’ai de suite pensé : alors, je vais pouvoir au moins rembourser mon prêt pour ma maison au moins jusqu’en 2018. Après, il me restait encore 12 ans.»

Désormais, elle s’en retrouve à analyser les postes où elle pourra réaliser des économies : sur les vêtements mais aussi en achetant sa nourriture dans des magasins moins coûteux. «Mais mes enfants ne peuvent manquer de rien.»

« Nous n’avons plus d’argent maintenant, papa ? »

Les inquiétudes concernant les enfants se retrouvent dans de nombreux discours. Mathijs Martens n’a que 7 ans. Hier, rapporte le Belang, il a ainsi interrogé son papa avec une phrase simple mais lourde de sens : «Nous n’avons plus d’argent maintenant, papa?»

Jacky, le père, reste pour l’instant serein. Sa femme est enseignante et a un job stable. Mais l’homme ne s’inquiétait jusqu’à présent pas trop pour son avenir. «Il y a encore 14 jours, je pensais que je pourrais terminer ma carrière chez Ford et maintenant j’apprends qu’ils ferment. » Mais le père préfère conclure sur une touche d’optimisme : «Peut-être qu’une grosse équipe (de foot, NDLR) va venir pour mon fils et nous déménagerons à Valence (là où Ford va délocaliser la production).»

« Cela doit inspirer nos enfants à réussir à l’école »

Jan Machiels et Martine Lenaers veulent aussi rester optimistes. Les eux se retrouvent pourtant au chômage. Mais ils n’ont pas l’intention de rester assis chez eux. Ils vont tenter de retrouver autre chose. Et en attendant, ils s’inspirent de leur exemple pour motiver leurs enfants. «Pour nos enfants, ce qui arrive aujourd’hui doit les inspirer à réussir à l’école

« Un licenciement à la place d’un bijou »

Emidio Fiorelli et Marc Vanalken sont particulièrement amers. Il y a quelques jours, rapporte le Belang, ils ont tous deux reçu un courrier de Ford dans leur boîte aux lettres. Celui-ci les avertissait que pour fêter leurs 25 ans d’ancienneté dans la maison Ford, ils avaient droit à un cadeau, un bijou qu’ils pouvaient choisir. Montant du cadeau : 2 500 €. Une montre que l’homme aura désormais tout le temps d’admirer. Et pour cause, il va être licencié.