Dominique Alderweireld ne comprend vraiment pas. Proxénète, oui, mais à visage découvert et plein de « bonne volonté ». Devant le tribunal correctionnel de Tournai (lire ci-dessous), le Français Dodo la Saumure se la joue un peu Calimero : trop injuste qu’on lui tombe dessus alors que si peu de ses confrères se retrouvent comme lui devant un tribunal.

« Ce n’est pas faux », observe Quentin Deltour, coordinateur chez Espace P Liège.

Légal, interdit, toléré…

La loi est claire. La prostitution n’est pas une infraction en Belgique. Par contre, le Code pénal punit le racolage et le proxénétisme. Et le proxénète est celui qui tire profit de quelque manière que ce soit de la prostitution d’autrui.

« Mais dans les faits, il y a évidemment un nombre considérable de bars, avec un tenancier ou une tenancière, et une ou plusieurs prostituées. Sur le terrain, la police tolère un bon nombre de situations parce qu’elles ne sont pas associées à un proxénétisme violent.Alors que pour les parquets, il y aurait matière à engager des poursuites», explique Quentin Deltour.

C’est ça, la tolérance dont on parle souvent en Belgique : « Elle ne s’exprime pas à l’égard de la prostitution, puisqu’elle est légale. Mais par rapport à un proxénétisme non violent».

« Ceci dit », reprend le coordinateur de l’association, «le proxénétisme pratiqué par Dominique Alderweireld n’est pas celui qui me semble le plus toléré. La preuve, on lui tombe dessus à bras raccourcis. Il ressemble trop à un baroudeur de bars comme on en connaît. D’autres sont tombés avant lui. »

Salariée sans protection ou…

Mais Espace P est bien d’accord : tout ça mériterait d’être actualisé. « Il faut modifier la loi. L’interdiction génère des problèmes. Pour se protéger, le patron proxénète déclare la personne qui travaille pour lui comme salariée mais dans un statut de serveuse ou de masseuse, sans accorder pour autant les protections intégrées dans le droit du travail (congé de maladie, congé de maternité, etc.). Ou alors, il travaille avec des indépendantes. Mais pas dans le métier qu’elles exercent. »

Jouer franc-jeu

Quentin Deltour rappelle par ailleurs que le racolage est puni sur base de l’interdiction de l’incitation à la débauche. « Ça date du Code Napoléon. Les parquets n’ont plus rien sorti à ce sujet depuis des décennies, mais la police continue à s’en servir pour “nettoyer” visuellement certains quartiers. »

Bref, on navigue à vue. « On autorise la prostitution sans vraiment lui permettre une pleine légalisation, notamment via un statut. On interdit le proxénétisme sans appliquer la loi à 100 %. Chacun croit pouvoir interpréter la loi à sa guise. C’est le règne de l’arbitraire. Et éventuellement du copinage. »

Il conclut : « La première vertu d’un débat, ce serait de se baser sur des critères modernes, avec ce que la société est prête à accepter ou pas. Une fois ceci défini, on pourrait enfin jouer franc-jeu. Ce serait beaucoup mieux pour celles qui travaillent comme des indépendantes, et aussi pour les victimes. »