La dernière étude du CRISP (Centre de recherche et d’information sociopolitiques) ne manquera pas d’alimenter encore un peu plus la polémique sur le peu de vigueur que met le monde politique à réformer le système d’indemnité des parlementaires et ministres.

Dans son travail, le chercheur Jean Faniel explique par exemple que l’ambition de revoir à la baisse les indemnités parlementaires fédérales, comme les indemnités de départ ou les fonctions spéciales (Président d’assemblée, président de commission, etc.), se réduit comme peau de chagrin.

« Il y a eu la note de De Wever où une réforme était prévue. Puis la note de Vande Lanotte, celle de Di Rupo et, finalement l’accord de gouvernement. Dans ces quatre textes, on voit que l’ambition diminue à chaque fois » analyse Jean Faniel. « La faute à qui ? Notamment à l’Open VLD et au CD & V qui étaient les plus réticents. C’est chez la N-VA et Écolo/Groen que la volonté la plus ferme de réforme existait ».

Bref, la réforme annoncée à la va-vite au lendemain de la « bonne nouvelle » sur la réforme des pensions passée au forceps risque fort de n’être qu’une réformette.

« Il y aura un groupe de travail qui va plancher sur la question »concède le chercheur. « Mais on va voir ce que ça donnera. C’est clair que le décalage entre la rapidité de la réforme des pensions et le fait que les parlementaires vont seulement se mettre à discuter de la réforme de leurs indemnités est marquant ».

Des réformes forcées

Selon Faniel, Les parlementaires fédéraux sont dans leurs petits souliers. Parce que la population ne comprend pas qu’on leur impose une vaste réforme en quelques jours tandis qu’eux prennent leur temps pour serrer un cran de ceinture.

D’après l’étude du CRISP, c’est bien là le problème : les réformes concernant les émoluments des parlementaires et des ministres se font toujours de manière forcée par un événement d’actualité.

« Les francophones ont été les premiers à diminuer les salaires de certains parlementaires en supprimant les indemnités pour fonctions spéciales et en régulant les indemnités de départ. Mais c’était consécutif au voyage en Californie, à l’affaire Donfut et à la polémique qui a suivi le départ du président du Parlement, José Happart. L’arrivée d’Écolo au gouvernement a également joué ».

La Flandre, elle, ne s’est réveillée que récemment, en septembre, lorsque Sven Gatz, chef de groupe open VLD au Parlement Flamand, a quitté volontairement ses fonctions avec une grosse indemnité pour un emploi bien rémunéré dans le privé (directeur de la Fédération des brasseurs). Il a depuis annoncé qu’il renonçait à son parachute doré.

En clair, la pression médiatique et populaire fait bouger (un peu) les lignes.

Jean Faniel conclut cependant de manière pas très optimiste son étude : « L’attention médiatique retombe parfois rapidement. Ça contribue sans doute à expliquer pourquoi les réformes concrètement mises en œuvre sont quelquefois sensiblement en deçà de celles initialement envisagées ou attendues. »