Six mois de gâchis, et ça continue...
(photo EdA - Jacques Duchateau)
Alain Destexhe remonte aux barricades. Toutes ces discussions communautaires nous font oublier que notre économie va mal, dit-il. Il estime que l'emploi et les allocations de chômage devraient être régionalisés. Découvrez notre vidéo. Prolongez l'info dans L'Avenir, Le Jour et Le Courrier de ce lundi.
+ L'interview tac au tac d'Alain Destexhe
Alain Destexhe, vous vous êtes tu pendant plus de six mois. Mais là, dites-vous, le vase déborde.
On est en train de se fourvoyer complètement. Il n'y en a plus que pour la crise communautaire. Il n'y a plus moyen de parler d'autre chose. Pourtant, les résultats économiques et les chiffres du chômage sont préoccupants. Or, nos problèmes de francophones sont bien plus graves de ce point de vue que ceux de la Flandre. En laissant la Flandre imposer un agenda institutionnel, on se dessert.
Il y a une urgence économique pour les francophones?
Oh oui! On tient pour acquis que la Flandre nous restera solidaire. Je le souhaite aussi. Mais il faut se préparer à tout aujourd'hui. Notre destin de francophones est entre nos mains. Les clés nous appartiennent. Mais si nos responsables politiques passent leur vie dans des réunions communautaires, on n'en sortira pas.
Vous déplorez ces six mois de crise...
Je suis effrayé par le gâchis en temps et en énergie consacrée à ça depuis tant de mois. Les acteurs politiques sortent fatigués et écoeurés de ces mois de négociations. Et le sentiment dans la population est encore bien pire. On doit se reconcentrer sur notre destin, notre prospérité.
Vous avez souvent dénoncé l'état de délabrement de la Wallonie. En 2008, ça va mieux, non?
Non. Prenons le niveau des dépenses publiques par habitant. Celles des francophones sont les plus élevées d'Europe! Personne ne parle de ça. Nous dépensons plus que tout le monde. Est-ce que le citoyen a un meilleur service pour autant? Osons ce débat. À quoi part notre argent public? À quoi, justement?
On a un nombre incroyable de fonctionnaires. Le nombre n'est pas en cause. Mais le service rendu par rapport à ce nombre. On a les dépenses d'enseignement quasi les plus élevées d'Europe. On a un prof pour sept élèves, par exemple. Ça n'empêche pas d'avoir des classes surchargées de 30 élèves. Mais à côté vous avez des classes vides. Au final, nos élèves ont de très mauvais résultats. Cherchez l'erreur.
Quel est le problème, selon vous?
Nous avons quatre réseaux. Garder la spécificité d'un réseau libre et d'un autre public suffirait. Et on ferait des économies d'échelle formidables. Les francophones vivent au-dessus de leurs moyens.
La crise communautaire a un peu caché ces problèmes, selon vous.
Pas un peu. Complètement! La crise joue le rôle de bouc émissaire. Notre problème principal c'est notre prospérité.
Aujourd'hui, on a le plan Marshall.
Oui mais sans évaluation. De temps en temps, le gouvernement wallon se réunit pour se congratuler. Chez nous, il n'y a jamais de véritable évaluation des politiques. On se contente de dire qu'on avait tels objectifs et qu'on les a remplis. Ce qui ne sert à rien. Car l'essentiel est d'obtenir des résultats, pas de remplir des objectifs. On a peur de l'évaluation parce que ça pourrait mettre à jour nos faiblesses. Chaque fois qu'on formule un contrat pour l'école ou un plan Marshall, on devrait avoir des experts indépendants pour en évaluer les résultats.
Les indications, comme celles de la KBC, ne suffisent pas à dire que le plan Marshall fonctionne?
On a surtout des éléments insuffisants et d'autres qui montrent que ça ne marche pas. Les chiffres du chômage baissent un petit peu. On en fait une réussite. Mais le chômage en Wallonie baisse beaucoup moins qu'ailleurs en Europe!
Avec ou sans plan Marshall, le chômage aurait baissé?
Absolument. Cette baisse de chômage est tellement faible qu'elle est conjoncturelle. Tout le monde est d'accord pour dire que la Wallonie accuse un retard économique. Fait-on mieux aujourd'hui que d'autres régions d'Europe qui ont les mêmes difficultés que nous?
Non?
Non! Et les gouvernements wallon et bruxellois ont beaucoup de chance que 2006 et 2007 ont été très bonnes sur le plan de la conjoncture. 2008 s'annonce moins porteuse. C'est dramatique : si on ne profite pas de nos très bonnes années pour faire un bond en avant, quand le fera-t-on?