Nébulosité. Risques de quelques averses. Peut-être un orage. Ou deux. Ça peut vite mal tourner, un orage. Et puis temps sec et estival. C'est mieux que la canicule, mais pas encore le top. Les cultivateurs savent ce qu'on pense d'eux. Et ils sont d'accord : ce qu'ils veulent, ce qui leur faudrait vraiment maintenant, c'est un équilibre presque impossible, même en Belgique : « Il faut souhaiter de l'eau, des pluies conséquentes. Mais pas tout en même temps. Une alternance pluie et soleil. Il nous faut absolument de l'eau dans les trois semaines pour sauver correctement ce qui reste à sauver », résument-ils.

Les prix ? L'indice des prix à la consommation donne certaines indications pour juillet : les prix ont augmenté de 8,6 % pour les pommes de terre (et on guette l'impact des fortes températures sur la Bintje, voir par ailleurs). Par contre, les fruits frais ont perdu des plumes (presque - 30 % pour les fraises, -18 % pour les cerises, -25 % pour les pêches, etc.).

En Wallonie, certaines récoltes s'en sortent honorablement (l'escourgeon, par exemple). Pour d'autres, le mois d'août peut encore arranger pas mal de choses. Certaines plantations ont par contre déjà trop souffert de la canicule pour s'en sortir.

Au total, c'est trop tôt pour se lamenter et prédire un désastre total. Mais de l'avis général, on part au minimum avec un handicap.


Froment: des résultats très variables
Pour les blés, tout va dépendre du terrain. « C’est surtout dans les sols plus légers, dans les régions sableuses ou sablolimoneuses, que le manque d’eau se fait sentir. Il y a eu aussi ce vent du Nord asséchant… Et ça peut vraiment dépendre d’une parcelle à l’autre dans l’ensemble des campagnes », observe René Vansnick (Fédération wallonne de l’Agriculture).

Les pluies ont par ailleurs été assez sélectives, parfois très localisées. « Les parcelles qui en ont bénéficié seront évidemment moins marquées par la sécheresse. Bref, tout cela donnera des résultats très hétérogènes », rapporte l’ingénieur agronome. Le verdict viendra avec l’entrée des moissonneuses dans les champs. En outre, des pailles ont été couchées par les orages. Si les épis sont au sol, une germination risque de se produire en fonction de la quantité d’eau qui tombera d’ici la récolte. D’où une moindre qualité. «Mais encore une fois, tout va dépendre des endroits et des variétés », ajoute René Vansnick.

Voilà bien une plante difficile. Comme il a besoin de beaucoup d’eau pour se développer, on peut imaginer que le maïs se retrouve actuellement en difficulté. On peut s’en apercevoir dans certains champs : il est en retard. «Et ici ou là, ça risque de mal tourner », redoute la FWA.

Maïs assoiffé
Le maïs sert à l’alimentation du bétail. «On sait qu’il y a un déficit de prairies à l’heure actuelle. Or, en ce moment, des éleveurs sont déjà obligés d’aller puiser dans leurs réserves fourragères hivernales. On va avoir besoin d’alimentation pour l’hiver. Mais avec le maïs en mauvaise posture, ça se présente mal», poursuit la Fédération wallonne de l’Agriculture. On peut imaginer que la baisse de rendement du maïs et le manque de fourrages vont toucher la filière des animaux d’élevage. Avec peutêtre une augmentation du prix de la viande en bout de chaîne

Betteraves: si août fait son oeuvre
D’après le bon sens populaire, «c’est le mois d’août qui fait la betterave», récite René Vansnick à la FWA. On peut se douter que la sécheresse a fait son effet là aussi. Avec comme conséquence des racines probablement très longues (elles se sont enfoncées assez loin pour aller chercher l’humidité en profondeur) et des petits calibres. « Néanmoins, il faut attendre. Les betteraves peuvent encore grossir », tempère le spécialiste des cultures de champs.

Des pluies régulières peuvent arranger bien des choses pour cette spécialité hesbignonne. D’autant que la betterave est moins sensible à la sécheresse que le maïs ou la pomme de terre.

Mais dans ce créneau comme dans les autres, on risque de partir sur un pied plutôt que sur deux. Surtout par rapport aux rendements 2009, qui s’étaient révélés assez exceptionnels.

Fruits: ni miracle ni cata
Une floraison tardive suivie des conditions climatiques que l’on connaît : il n’y a pas de miracles, la récolte des pommes va morfler. «On s’attend à un rendement de 25 à 30% plus faible que l’année dernière. Elles seront aussi un peu plus petites », annonce Olivier Warnier, du Centre d’étude fruitier wallon. Sacré impact. Qu’il faut tout de même relativiser : 2009 était une année de grosse récolte. «C’est vrai qu’on sort de deux ou trois bonnes années. Alors, si on compare avec une année plus classique, le rendement serait diminué de plus ou moins 15 %», poursuit Olivier Warnier. À noter : les petits calibres ne plairont sans doute pas à l’industrie. Les poires ? À la baisse aussi : de 15 à 20 % de moins.

Les cerises, c’est terminé ou ça touche à sa fin. Rendement normal, mais avec un prix légèrement inférieur. Les fraises ont un peu moins donné. On replante déjà pour l’année prochaine, dans des terrains encore un peu trop secs.

Légumes: beaucoup de déchets
Pour les produits frais du maraîchage, une chose est certaine : les rendements seront moindres. «Tant que la sécheresse continue, tout ce qui est légumes à feuilles, comme les laitues par exemple, sont très difficiles à produire », rapporte Alain Delvigne, du Centre interprofessionnel maraîcher. «Même le chou-fleur devient difficile à développer en ce moment. Il y a beaucoup de pertes pour les producteurs, beaucoup de déchets ».

Pour les primeurs, il est encore un peu tôt pour se prononcer. On verra ça en septembre. «Mais on sait déjà que les rendements ne seront pas trop bons. Notamment pour les oignons. Et ils seront de petit calibre », poursuit Alain Delvigne. Les fréquents arrosages font grimper les coûts de production. Mais comme les marchés européens ne manquent pas de légumes en ce moment, du moins pas encore, les producteurs ne peuvent pas se rattraper sur les prix. «Tant mieux pour le consommateur ! Mais le producteur quant à lui ne peut pas se “refaire”…»