Journali ste au magazine français L'Argus, Christophe Bourgeois a réalisé un test, en collaboration avec un centre du sommeil parisien. Avant de prendre la route entre Paris et Nice, il s'est fait poser des électrodes pour enregistrer ses gestes et ses différents états (éveil, somnolence). Les conclusions ?« Le trajet a duré 12 heures. Pendant ces douze heures, j'ai... dormi 11 minutes, en 8 phases. » Soit une distance de 24 km, à une vitesse moyenne de 130 km/h.

« Pendant 24 km, j'étais donc derrière mon volant, les yeux ouverts ; mais d'un point de vue clinique, j'étais en phase de somnolence. » Une expérience édifiante, dont s'est immédiatement saisie l'ITSRE (*).

« Ces troubles arrivent inconsciemment,

explique le Docteur Natacha Dahmen. Quelques minutes après être passé par un endroit, vous ne vous en rappelez plus, vous n'avez plus les images ; votre cerveau se déconnecte de la réalité. Ensuite, vos yeux deviennent fixes. Vous sombrez alors dans un sommeil "éveillé". » Chaleur, digestion, stress, état d'hypoglycémie, manque de sommeil... De nombreux facteurs peuvent mener à cet état de fatigue chronique, lui-même à l'origine de troubles de la vigilance. Troubles qui semblent notamment frapper les professions où le travail est monotone, répétitif, où les rythmes horaires sont lourds, décalés. Comme ceux des transporteurs, parfois éloignés de chez eux pendants plusieurs jours ou semaines. Justement...

« Des camions qui percutent d'autres camions dans des chantiers comme ce fut le cas dernièrement à Wavre, ce n'est pas un hasard, s'exclame Alain Durant, coordinateur européen de l'ITSRE. Combien de camions ont-ils quitté la route sans explication ? Combien y a-t-il eu de morts causées par ce phénomène sur les routes européennes ? »

Un enjeu de santé publique Selon l'association, c'est là que le bât blesse : aucune étude à grande échelle n'a encore eu lieu sur ces troubles de la vigilance au volant et les accidents qu'ils causent. Et ce alors que 85 % de ses adhérents ayant au moins 5 années d'expérience lui auraient confié avoir fait des malaises sur la route.

« Aucune méthodologie n'a été définie, observe le Docteur Natacha Dahmen. On n'interroge pas systématiquement les chauffeurs sur certains symptômes qu'ils auraient pu éprouver avant leur accident. En fait, trop souvent, on se contente simplement de campagnes d'information à l'approche des vacances . Le reste du temps, on fait comme si ces troubles liés à la fatigue chronique n'existaient pas. » Dans nos sociétés hyperperformantes, le sujet risque pourtant de devenir brûlant. Le professeur Charles Czeisler (Harvard) affirme ainsi que le manque de sommeil a pris des proportions épidémiques. Au point de devenir un enjeu majeur de santé publique. Exemple cité...

« Une seule nuit sans dormir ou une semaine à ne dormir que quatre ou cinq heures par nuit équivalent à avoir un taux d'alcool dans le sang de 0,1 % (NDLR : la limite légale est, en Belgique, de 0,05 %). » Bref, conduire alors que l'on est en état de fatigue chronique peut s'avérer aussi dangereux que de conduire en état d'ébriété.Y. R.

(*) ITSRE, Interface pour le Transport et la Sécurité Routière en Europe. www.itsre.be