Rudy Demotte, depuis le début de la crise, la Région se tait dans toutes les langues. C'est incroyable...
Non. D'abord parce que tant qu'on ne parle pas, c'est qu'on travaille. Plus sérieusement, nous n'avions pas à nous prononcer sur ces matières. Si nous donnions notre position, on déforçait les négociateurs francophones. La seule chose qu'on pouvait affirmer, c'est que nous n'étions pas d'accord avec une réforme de l'État. Ce qui était important, c'est qu'on n'accepte pas que le fédéral règle ses difficultés financières sur le dos des régions. À un moment où la Wallonie se redresse, on n'allait pas mettre un genou à terre. S'occuper de ça, c'est mieux que de discuter du sexe des anges.

Oui mais enfin, les Flamands ont dit ce qu'ils voulaient depuis 1999 ! Et nous pas...
Mais dans ce qu'ils disaient, il n'y avait rien de neuf. La décentralisation, ça fait partie du mouvement nationaliste depuis toujours. Si on avait consenti à ce moment à entrer dans ce jeu, c'était mettre en péril toute chance de nous redresser. Toutes les régions d'Europe qui se sont redressées ont toujours eu besoin d'une aide d'un pouvoir central. Donc aux revendications flamandes, nous ne pouvions que dire une chose: non.

Mais il y a tout de même un moment où on aurait pu proposer autre chose qu'un «non» en bloc ou au moins se préparer entre francophones...
C'est vrai, on aurait pu en parler entre francophones. C'était sans doute une erreur que nous avons commise. Mais on ne refait pas l'Histoire. Maintenant, il faut aller de l'avant.

Mais c'est une erreur énorme pour des hommes politiques...
On savait qu'il y avait une montée du nationalisme en Flandre, mais on n'en a pas mesuré l'ampleur. Les éléments présents, les indices n'étaient pas assez nombreux ni pour le grand public, ni pour les académiques, ni pour les hommes politiques. En fait, on n'a pas vraiment cru aux résolutions flamandes qui parlaient d'une Flandre à l'horizon 2025.

Là, il y a une responsabilité collective chez les Wallons. Qui en Wallonie s'intéressait à ce qui se passait en Flandre  ? Qui lisait la presse flamande?
Et puis, les choses se sont accélérées. Il faut aussi dire que personne ne pensait que le cartel CD & V/N-VA tiendrait le coup. Même en Flandre ils n'y croyaient pas, pas même au coeur du CD&V.

La réponse aujourd'hui, c'est le groupe Wallonie-Bruxelles, donc. Mais n'est-il pas trop tard?
Il n'est jamais trop tard. Il faut maintenant compter sur nous-mêmes et ne pas attendre que la Flandre nous aide. La réponse se trouve dans les liens que nous devons tisser avec Bruxelles, notamment au niveau économique. Il faut une stratégie commune pour deux régions fortes.

Et dans quel délai ?
C'est clair que ça ne peut pas durer un siècle. Mais il sera difficile de régler les questions institutionnelles avant la formation d'un gouvernement.

Vous êtes donc prêts à discuter de tout ?
On n'a plus le choix. Si on dit qu'on ne discute de rien, l'issue peut être très dure pour la Belgique.

Interview  : Martial DUMONT

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