Les quotidiens wallons L'Avenir-Le Jour-Le Courrier répondent ce matin à la une du Nieuwsblad d'hier visant Joëlle Milquet d'un cinglant "Non madame non".
(photo Belga)
Flandre et Wallonie peuvent-elles être sur la même longueur d'ondes? La lecture des journaux, en tout cas, révèle de profondes dissensions dans la perception des événements politiques actuels. Analyse à lire dans L'Avenir, le Jour et le Courrier de ce samedi.
Donnez-nous votre avis !
+L'édito de Pascal Belpaire: "Ils résistent"
Ainsi, hier, le quotidien flamand Het Nieuwsblad consacrait sa manchette à Joëlle Milquet sous le titre "NON MADAME NON" et brossait un portrait au vitriol de la présidente du cdH. Aujourd'hui, ce sont les journaux wallons L'Avenir-Le Jour-Le Courrier qui lui répondent avec leur Une, sous le titre "NEE, BART NEE".
Pour le journal, on ne peut plus accepter que le parti séparatiste flamand NV-A sape toute tentative d'accord. Il y a urgence: l'évolution de l'Etat fédéral ne peut pas être bloqué par un parti flamand dont l'objectif est clairement la fin de l'Etat belge.
Pour les Flamands c'est «Madame Non» qui pose problème . Pour nous, le président de la N-VA est l'obstacle numéro 1 de l'Orange bleue.
Le journal flamand Het Nieuwsblad l'a dit hier : la responsable de la crise gouvernementale actuelle, c'est Joëlle Milquet, alias Mevrouw Non. Depuis 167 jours, elle dit «niet» dans toutes les langues aux revendications flamando-flamingantes. Dernière aigreur de Milquet d'après le journal flamand : elle refuse qu'on entame un débat sur l'ébauche d'une scission de la sécurité sociale dans le cadre du gouvernement. Ouuuuh, la vilaine. Tant qu'elle y est, pourquoi pas refuser de parler de la régionalisation de la fiscalité, de l'emploi, et des allocations familiales! Bref, de tout ce que le CD & V... et son vrai président Bart De Wever ont promis à leur électorat.
Car si, en Flandre, on lit la crise au travers du prisme nationaliste qui fait de Milquet le grand Satan anti-réforme de l'État, la vraie raison des blocages à répétition se situe aussi et surtout dans le manque de leadership du cartel CD & V/N-VA. Ni Leterme, ni Vandeurzen ne sont les patrons d'une pétaudière schizophrénique qui tente, d'un côté, de former un gouvernement et, de l'autre, d'alimenter le brasier communautaire.
Car, oui, le vrai boss, c'est Bart De Wever. Le président de la N-VA, véritable Mazarin des négociations, tient les chrétiens démocrates au creux de sa pogne. Pas une décision, pas un accord ne peut se prendre sans son avis. Yves Leterme s'arrache les cheveux. Quoi qu'on en dise, le possible futur Premier bosse et essaie tant bien que mal de rapprocher les points de vue. Pourtant, dès que ça progresse, un simple coup de fil à De Wever fait voler en éclat des heures de tractations au pied-à-pied. Et Yves Leterme plie, retourne sa veste et écoute son «Raspoutine».
Mais à part ça, bien sûr, en Flandre, on continue à marteler «Non à Madame Non»...
C'est dire si les cinq petits sièges de la N-VA pèsent lourd pour un CD & V qui ne peut faire sans son appui. La peur de perdre une assiette électorale. 2009, c'est demain. Et Bart De Wever boit du petit lait. Lui qui, depuis qu'il fut membre actif de l'ultra-flamingant Katholiek Vlaams Hoogstudenten Verbond, ne rêve que d'une grande et belle nation flamande.
Mais à part ça, en Flandre, on continue à dire «Non à Madame Non»...
Et à fonctionner comme si les théories séparatistes et les visions nationalistes de De Wever étaient des évidences que les francophones doivent avaler en victimes consentantes.
Alors, évidemment, à la simple évocation de la fameuse Convention Nord-Sud censée externaliser la réforme de l'État, Bart-la-menace s'étrangle. Et revient une énième fois avec ses fixettes monomaniaques : une réforme dans le cadre du gouvernement, sinon rien. La régionalisation de «gros poissons» doit conditionner l'Orange Bleue.
Mais à part ça, en Flandre, on continue à dire «Non à Madame Non»...
Et de défendre un leitmotiv devenu évident pour des raisons politiciennes ou, pire, de convictions profondes : een volk, een De Wever.
Martial DUMONT
Et vous, qu'en pensez-vous ? La Flandre a-t-elle raison de tirer à boulets rouges sur Joëlle Milquet ? Ou Bart De Wever, le leader séparatiste flamand, est-il à l'origine du blocage de la situation politique belge ? Votre avis...