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André Antoine, en tant que ministre wallon, comment expliquez-vous que toutes les négociations se déroulent autour de BHV. Après tout, on ne parle que très peu des Wallons.
C'est vrai pourtant, nous avons envoyé une note circonstanciée à l'époque au formateur en expliquant nos revendications. Il faut aussi savoir que les Flamands voulaient trois choses : la scission de BHV, le PS dehors et une grande réforme de l'État avec de nouveaux transferts de compétence. Joëlle Milquet, dans sa fameuse note, précisait qu'elle était d'accord pour négocier sur deux points. Ils ont obtenu ce qu'ils voulaient avec l'éviction du PS. On a négocié sur BHV. Mais Joëlle Milquet ne veut pas d'une grande réforme institutionnelle.

Justement, le vote flamand sur BHV a un peu l'effet inverse de ce que les Flamands escomptaient, non ?
Ce vote, c'est une victoire à la Pyrrhus. Même les journaux flamands ont descendu le CD & V en flammes. Résultat, Vandeurzen s'est encore plus radicalisé et demande une grande réforme institutionnelle en plus de BHV. Et maintenant on se retrouve avec un formateur, deux réconciliateurs et un roi. Et nous sommes dans une situation inextricable puisque les socialistes ont en plus clairement dit qu'il ne faudrait pas compter sur eux pour voter une réforme de l'État aux deux tiers...

Donc, vous êtes en totale opposition avec le CD&V. Cette réforme institutionnelle, vous n'en voulez pas non plus au cdH...
Absolument. Nous ne voulons pas de nouvelles compétences. Pourquoi ? Tout simplement parce que cela fragilise l'État fédéral et que ça coûte extrêmement cher. La Région wallonne, contrairement à la flamande, n'a pas des moyens considérables pour les assumer. Regardez l'Agriculture. Quand elle a été régionalisée, cela nous a causé de graves problèmes. À la limite, nous pourrions juste accepter des compétences qui renforceraient la cohérence régionale, comme les permis socio-économiques. Mais pour le reste, non. Il faut que les Wallons comprennent une chose : ce qui se passe actuellement, ce n'est pas juste un problème communautaire. Derrière la bataille de la langue, il y a la bataille des chiffres.

Vous avez aussi une grosse dent contre Didier Reynders. Vous avez l'impression qu'il a « vendu » son âme aux Flamands?
J'aimerais en tout cas qu'il se positionne clairement, notamment par rapport aux accords de coopération de 2005 entre fédéral et Régions. Les Flamands veulent les remettre en cause. Concrètement, ça signifie que le fédéral demanderait plus d'efforts aux Régions. Les Flamands sont prêts à ça. Vu leur situation économique, ça ne leur pose aucun problème. Ils veulent bien rendre de l'argent au fédéral en échange de nouvelles compétences... pour lesquelles ils ne demandent même pas d'argent ! Reynders doit choisir entre la thèse flamande et la défense des intérêts des Wallons.

Selon vous, il ne pense pas assez à la Région?
Soyons clairs : il a deux obsessions : voir le PS dehors et dégager des marges pour sa réforme fiscale. Mais il ne tient pas compte des difficultés financières actuelles du fédéral. En venant pomper les Régions, il espère trouver des moyens pour financer sa réforme. Mais ce n'est pas parce que le MR est dans l'opposition à la Région qu'il doit s'en détourner. Là encore Reynders doit maintenant prouver qu'il se préoccupe aussi de l'avenir des 3,5 millions de Wallons.

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