«J' avais deux passeports : un belge et un ukrainien.» Grégory Wathelet, un de nos meilleurs cavaliers en activité, s'apprête aujourd'hui à tourner la page ukrainienne de son histoire. «Mon idée est de rentrer pour la Belgique.»

En octobre 2005, le cavalier cédait à la proposition d'un riche sponsor Ukrainien. Alexander Onyshchenko offrait ainsi au cavalier condrusien (Clavier) un véritable pont en or : les meilleurs chevaux, des infrastructures performantes, des conditions de travail idylliques. Un beau contrat assorti d'une clause bien précise : Grégory Wathelet devait s'engager pour servir l'Ukraine lors des compétitions! «J'avais déjà refusé la proposition l'année avant.»

En octobre 2005, le cavalier belge n'était plus vraiment en mesure de refuser. Il venait de quitter son ancien employeur en mauvais termes : Yves Lauwers du hara des Hayettes. «Pendant cette période, j'ai commencé à faire de bons résultats. J'ai percé et je me suis retrouvé dans l'équipe A de la Belgique. Je suis arrivé dans le Top 30 mondial.»

Le but : créer une équipe d'Ukraine

Mais, sans chevaux, un cavalier n'est plus rien. «Si tu n'es pas à cheval, tu es à pied.» Et c'est ainsi que Grégory Wathelet s'est retrouvé avec un bon pied en Ukraine. Et il n'était pas le seul à avoir été enrôlé de cette manière. Toute l'équipe qui a qualifié l'Ukraine pour les JO de Pékin était formée par des cavaliers apatrides, dont un autre Belge : Jean-Claude Van Geenberghe. «Le but de Onyshchenko, c'était de créer une équipe d'Ukraine. On a eu une équipe aux championnats d'Europe et du Monde.»

De son côté, le cavalier posait aussi ses exigences. Pas question de partir s'installer à l'extrême Est de l'Europe. «Je ne suis jamais allé qu'une fois en Ukraine.» Et c'est principalement à Les Waleffes (Hesbaye liégeoise) que l'écurie ukrainienne allait prendre ses quartiers. «Il y a acheté un manège privé. Mon but, c'était de rester en Belgique.»

Dans ce milieu, l'argent permet beaucoup. Rapidement, Grégory Wathelet a eu entre les mains les meilleurs chevaux. «Il a investi dans des chevaux qui étaient prêts. Cela nous a pris 4 à 5 mois pour monter l'écurie.» Avec des chevaux de qualité, le Belge a bien progressé. Jusqu'à intégrer le Top 15 mondial. «J'ai pu percer. Toutes les semaines, je me retrouvais avec les meilleurs.»

La belle histoire s'est pourtant assombrie au début de cette année. «Vu qu'il y a beaucoup d'argent en jeu, beaucoup essayaient d'avoir Onyshchenko avec eux. C'est tout un système qui n'est pas facile à gérer. Moi, de mon côté, j'étais assez libre et je faisais mon programme comme je voulais.»

Jusqu'au moment où le mécène ukrainien a vendu Lantinus, le cheval de Grégory. «Il était classé 6e mondial. Il avait reçu beaucoup d'offres mais l'objectif était de le garder jusqu'aux J.O.. Pour moi, ce fut une déception car c'était le meilleur cheval que je n'avais jamais monté.»

D'autres chevaux ont ensuite été vendus. «Ça m'a bien fait réfléchir. En septembre, je me suis retrouvé avec plus de piquet de chevaux pour faire tous les concours.»

Emprisonné en Belgique

Le divorce était amorcé, le doute s'installait. Et il s'est amplifié le 10 octobre. Ce mercredi-là, Onyshchenko avait été placé, à Liège, sous mandat d'arrêt.

Il n'avait pu s'expliquer sur l'origine licite de la coquette somme, 200 000 €, qu'il transportait lorsqu'il a été interpellé à l'aéroport de Bierset. Après quelques jours d'emprisonnement, le milliardaire payait sa caution de 250 000 €.

«Je lui ai alors demandé s'il était toujours motivé. Je le sentais moins intéressé à réinvestir dans les chevaux. Cela devenait instable et incertain. J'ai alors pris une décision et j'ai arrêté mon contrat.»