Le ministre wallon de l'Intérieur, Philippe Courard, s'est défendu hier de «favoritisme» à l'endroit de la ville d'Ath, comme le laissait entendre Philippe Bracaval (MR) quand il notait : «Il y a des communes où votre célérité étonne et d'autres où votre manque d'enthousiasme détonne. Mais sans doute s'explique-t-il par des proximités dont la nature est évidente aux yeux de tout le monde.»
Rôle de la tutelleJeudi au Parlement wallon, plusieurs parlementaires ont en effet interpellé Philippe Courard à propos des dossiers entâchés d'irrégularités à Ath, une commune où Carine Delfanne (chef de cabinet-adjoint du ministre wallon de l'Intérieur) est aussi conseillère communale.
Philippe Bracaval s'est donc montré le plus incisif, en estimant que des mandataires athois «fuient leurs responsabilités». Il s'est interrogé devant l'enquête interne annoncée... pour les quatre dernières années. «La Région wallonne va-t-elle enfin faire le ménage à Ath?» a-t-il lancé.
Marche Cheron (Ecolo) a aussi évoqué les «révélations très graves pour la démocratie communale», en citant quelques dossiers qui ont fait l'actualité ces derniers jours : curage d'un étang privé à Maffle avec un dépôt suspect de boues peut-être polluées, achat de l'ancienne gare de Ghislenghien sans accord du Conseil communal (avec un faux PV à la clé), l'achat d'un immeuble à la rue Gérard Dubois (avec encore un faux PV) ou encore le détournement de fonds publics de leur destination initiale (moulin de Moulbaix). Marcel Cheron souhaitait un audit généralisé des décisions depuis 2000.
Enfin, Alain Onkelinx (PS) a également abordé le dossier, en élargissant la réflexion au rôle de la tutelle. «Sans préjuger de l'issue du présent dossier, la commande d'un audit interne semble démontrer qu'il apparaît opportun de resserrer la vis et de surveiller de plus près ce qui se passe au niveau local» a noté le parlementaire socialiste.
Le ministre ne dissipe pas la brumeAu-delà d'une riposte à Philippe Bracaval sur son éventuelle «partialité», le ministre Courard a confirmé que certains dossiers lui ont été transmis «spontanément» par la Ville d'Ath : travaux à la place de Revaix (où de l'argent public a été utilisé pour construire des garages privés), école communale des devoirs (un dossier in illo tempore par le MR athois), la gare de Ghislenghien et le cas de l'immeuble de la rue Gérard Dubois. Pas de trace cependant des inquiétants dossiers de Maffle ou Moulbaix.
Le ministre a transmis ces quatre dossiers à la Direction générale des pouvoirs locaux (DGPL). «Un rapport est attendu dans les meilleurs délais. Ici comme pour tous les dossiers que j'ai eu à traiter, je refuse de me prononcer avant de disposer de l'avis de mon administration.»
Philippe Courard a également noté qu'il avait transmis les dossiers au Procureur du Roi. Il n'a pas évoqué l'alternative d'un audit externe, ou d'une extension du contrôle au-delà de quatre ans. La réponse du ministre n'a manifestement pas dissipé toute la brume; elle n'a pas vraiment non plus rassuré les «inquiets».
«Même le PS se pose des questions...»Les parlementaires ont donc gardé beaucoup d'interrogations sur la langue. Le socialiste Alain Onkelinx lui-même a proposé un appel d'offres afin d'organiser un audit externe. Ce que n'a pas manqué de relever le libéral Philippe Bracaval : «Même le PS se pose des questions légitimes et insiste sur l'impartialité de l'audit...»
On imagine que le dossier athois est très loin d'être fermé.