La Cour d'Assises de Liège a poursuivi mardi le procès de Murat Seven, un Fléronnais de 25 ans, accusé de l'assassinat de sa soeur. Les parents de l'accusé et de la victime ont été entendus par la Cour et ont précisé qu'ils ignoraient que leur fille faisait le commerce de ses charmes. Les faits reprochés à Murat Seven s'étaient déroulés le 21 janvier 2005 dans l'appartement de la victime situé au centre de Liège. L'accusé avait abattu sa soeur de 25 ans parce qu'il désapprouvait son style de vie qu'il jugeait déshonorant par rapport à sa culture d'origine.

Défilé des experts

L'experte en toxicologie Corinne Charlier est venue annoncer qu'aucune trace d'alcool, de médicaments ou de drogue n'a été retrouvée lors des analyses menées sur les prélèvements de sang et d'urine de la victime.

L'expert en balistique Cerano a exposé aux jurés qu'un seul tir a été effectué dans l'appartement de la victime. Une balle de 9 mm a été retrouvée. Un seul impact a été relevé dans la pièce permettant de définir la trajectoire du tir.

Selon les légistes Boxho et Van Parijs, le tir a été effectué de droite à gauche et du haut vers le bas. La victime portait cependant deux traces de blessures. L'une a été relevée à travers la tête et a brisé le lobe temporal. C'est cette blessure qui est à l'origine du décès de Jülide Seven. Mais en sortant de la tête, la balle a également traversé la main droite de la victime qui avait, selon la thèse la plus vraisemblable avancée par les experts, esquissé un geste de défense avant le tir, plaçant son bras devant le visage et la main droite sur la face gauche de son visage. Les deux blessures relevées sont donc issues d'une seule et unique trajectoire de tir.

Lors de l'autopsie, des traces de poudre ont été retrouvées sur le premier orifice d'entrée. Selon les spécialistes, le tir a été effectué une distance allant de 30 à 40 centimètres.

L'émotion de la famille

La Cour a également entendu les membres de la famille de Murat Seven, l'accusé, et de Jülide Seven, la victime. Le père Mehmet a précisé que son fils Murat Seven était respectueux de l'autorité paternelle et de sa famille. Il se consacrait à diverses tâches dans la maison et allait chercher ses frères et sœurs à l'école. Le père ne l'a jamais vu posséder une arme et a démenti la possibilité que Murat ait pu acheter cette arme en Turquie.

Quant à Jülide, elle avait décidé de quitter le domicile parental pour vivre seule. Elle gardait des fréquentations régulières avec ses parents qui l'aidaient financièrement. Le père ignorait que sa fille faisait le commerce de son corps. Avant les faits, elle avait passé deux nuits au chez ses parents.

L'émotion s'est manifestée lors de la comparution de la maman, malade, laquelle s'est rendue vers le banc de l'accusé à deux reprises pour prendre son fils dans ses bras malgré le refus des policiers. «Une moitié de moi est partie avec ma fille, j'espère qu'on me laissera mon fils car j'en ai besoin», a-t-elle précisé en pleurant. Les parents ont également démenti l'idée d'un crime d'honneur, exposant que tous leurs enfants sont libres dans la famille. Ils ont évoqué un drame familial en parlant des faits reprochés à leur fils.

Une jeune femme bien

L'après-midi, le psychiatre a mis en avant les faibles capacités intellectuelles d'un accusé qui ne s'est jamais comporté en adulte mais en adolescent.

En évoquant sa personnalité, le psychiatre Walter Denys a rappelé que Murat Seven s'était dit tracassé par la maladie grave dont souffrait sa mère et qu'il était intolérant face au comportement de sa soeur. En raison de la réputation acquise par la victime, Murat souffrait de moqueries qu'il subissait de la part de son entourage amical. L'accusé était aussi jaloux de sa soeur car il la trouvait trop favorisée par sa famille.

Au moment de sa première expertise psychiatrique, il était devenu terriblement triste et dépressif, assommé par les faits. Quelques semaines plus tard, Murat Seven est apparu différent aux yeux de l'expert, plus agressif et plus défensif par rapport à sa version initiale. Il développait à cette époque une nouvelle version des faits et prétendait qu'il s'agissait d'un accident.

L'expert a souligné que Murat Seven ne se comporte pas en adulte mais en grand adolescent. Son QI est de 72, soit une estimation qui se situe en-dessous de la norme, dans la frange basse et faible. Il est proche de la débilité mentale et est doté de faibles capacités de maturité affective. Murat souffre de troubles anxieux et troubles de l'humeur.

Parmi les témoins de moralité, les habitants du quartier ont évoqué les relations qu'entretenaient Jülide et sa famille. Si la jeune femme souhaitait mener sa vie seule et travailler, ses parents insistaient pour qu'elle revienne vivre chez eux.

Certains proches, dont son petit ami, ont précisé qu'ils n'étaient pas informés d'activités de prostituée. Ils ont refusé de les croire, au cours de l'enquête. Pour eux, elle avait des difficultés financières et tentait de sortir seule la tête de l'eau en vivant du chômage. Elle voulait démontrer qu'elle pouvait vivre seule et avait fait de très gros efforts pour s'installer dans son appartement.

Un autre témoin, un évangéliste à qui Jülide s'était confiée, est venu exposer que la jeune femme se sentait menacée par l'homme avait qui elle aurait dû se marier en Turquie. Elle avait peur et craignait qu'on vienne la tuer. Jülide aurait dit à ce témoin que son frère viendrait la tuer si elle ne se remettait pas avec cet homme.