Malaises. Silences. Étonnements. Les questions religieuses ne  rebutent plus. Mais, de nos jours, elles dérangent et elles déroutent. «  Clairement, les gens n'ont pas envie de se poser certaines questions. Ils disent que ça leur demande trop d'énergie, trop de temps, que c'est trop personnel  », explique Bertrand de Witte. Cet étudiant en dernière année de  sociologie à l'UCL a mené près de 120 entretiens sur les 676 qui composent notre sondage. Il a arpenté les rues de Mons, Tournai, Thuin et Soignies pour trouver nos «  répondants  ».

Quand on leur annonçait la couleur, un grand nombre de personnes opposaient «  un non merci, moi, je suis athée.  » Mais quand on leur expliquait que leurs convictions intéressaient, elles se montraient ravies de pouvoir, elles aussi, donner leur avis sur la religion.

C'est à ce moment-là que Bertrand se rendait compte que les athées n'en étaient pas forcément de vrais. «  Souvent les gens avaient du mal à se  définir comme non-croyants  », témoigne Bertrand. L'option agnostique ne leur disait rien, par exemple. La nuance entre «  Je suis certain que Dieu n'existe pas  » et «  je ne sais pas si Dieu existe  » leur échappait. «  Et puis, j'avais l'impression que les gens me répondaient athée pour qu'on ne vienne pas trop remuer dans quelque chose d'intime, de personnel  », ajoute Bertrand de Witte.

L'enthousiasme des jeunes

Curieusement, les plus gênés pour répondre ne sont pas les ados rougissants, les jeunes en pleins questionnements. Ce sont les 30-55 ans, a constaté Bertrand. La simple évocation de dogmes religieux leur hérissait le poil ou les angoissait  carrément. Par contre, les plus de 55 ans, n'ont pas ce genre de problème. Leur opinion est bien faite. Et les jeunes, eux, sont sans complexes et a priori. Mieux, «  j'ai perçu chez eux un enthousiasme particulier. Je ne dis pas extraordinaire, mais les questions leur paraissaient complètement d'actualité dans leur vie  », dit Bertrand.

La question qui a le plus coincé, c'est celle où on demandait aux gens d'expliquer les  raisons de leur évolution dans leur foi ou convictions. Ils se  réfugiaient alors au plus vite derrière «  l'éducation  » ou «  les grands malheurs du monde  ».

Des réponses toutes faites qui ne veulent pas dire grand-chose de personnel. «  J'aurais besoin de semaines pour me poser des questions comme ça, pas de cinq minutes. Mais j'ai une vie stressante, vous comprenez  », a rétorqué une personne à notre enquêteur.

Bertrand a essuyé des fuites en avant. Il a épongé des grosses gênes. Il a aussi écouté des romans entiers de vie. La question des personnes religieuses ou spirituelles qui ont marqué a plus d'une fois ouvert le jeu des confidences. Tout d'un coup, la personne commençait à raconter cette rencontre-là qui l'a marquée pour toujours. Un ami, un prêtre, une lumière.

Bertrand appelle cela les «  envolées narratives.  » «  D'une manière générale, les gens éprouvaient le besoin de justifier leurs réponses. C'était parfois assez riche.  » Et d'évoquer cette dame dont le fils handicapé physique et mental a pu un jour marcher, parler et communiquer. «  Elle m'a parlé de miracle  », explique Bertrand.

La question des grands témoins a donné lieu aux réponses les moins crédibles, selon Bertrand. «  Les gens sortaient des noms connus, des classiques. Ils disaient "vous savez le prêtre connu qui vient de mourir" en parlant de l'abbé Pierre.  » Mais toutes les personnes interrogées ont eu besoin, à un moment, de justifier leurs choix. De montrer qu'ils étaient humains. De dire «  je suis un être humain  ».

Catherine ERNENS

GED

Nicolas Hulot, prophète de l'écologie

Il dénonce les méchants pollueurs, les vandales des ressources de la terre, les saccageurs de l'ozone. Et, nous tous, les étourdis qui ne voient rien. «  La France a perdu l'Abbé Pierre. Il fallait bien en retrouver un autre, analyse l'anthropologue Olivier Servais. Or la question environnementale est la question de demain.  » Voilà l'homme  : Nicolas Hulot. Il n'était pas candidat aux élections présidentielles françaises qu'il faisait un  tabac dans les sondages. 10  % de popularité, d'un coup, sans lever le petit doigt. De quoi faire verdir tout homme politique. Il se démène au-dessus de la mêlée. Il tance les grands et force leur engagement en faveur de la planète. Il distribue les bons et les mauvais points. Sa parole est bonne et juste. L'homme est donc dérangeant, politiquement. TF1 voulait s'en séparer. Mais le scandale aurait été plus grand encore. «  Ushuaia  », son émission, continuera à célébrer les merveilles de notre terre. Nicolas Hulot ne sera pas président de la France. Il sera mieux. Il sera prophète. Heureux les coeurs purs qui respectent les gazouillis de l'oiseau et la pureté de l'eau.

C.Ern.

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