Un coup de sonnette, au 40 de la rue Louis Hicguet, à Saint-Servais. Et la porte s'ouvre sur de la lumière d'un vernissage, sur un intérieur chaleureux où flambent quelques bûches, sur des gens qui ont apporté tantôt une bouteille de vin tantôt des fleurs. Hommage des amis et des voisins à celui qui expose « l'ailleurs », le « loin d'ici », et à celle qui reçoit. Nous sommes chez François Struzik, un photographe reporter qui propose une série de profonds visages de l'islam, la plupart en noir et blanc.
Le lendemain, nouveau coup de sonnette, au 18 de la rue Théodore Baron, dans une spacieuse maison. « Entrez, entrez, c'est tout droit... » Hier, dimanche, rue de la Croix : « Oui, entreeez, c'est au premier ». Partout, une même invitation chaleureuse à entrer, à venir fêter le printemps devant des tableaux, des bijoux, des photos et des objets uniques en leur genre. Un même désir d'artiste ou d'artisan de faire partager ce qu'on a ramené de son voyage en hiver, calfeutrés dans l'atelier, près du feu. Là des couleurs et des formes, là des émotions et des rêves.
D'entrée de jeu : une frustration. On ne pourra pas passer partout et dire un mot ou deux sur chaque artiste. On s'est laissés aller en ville au hasard d'une rencontre, d'un panneau sur la porte, d'un ouï-dire flatteur...
Rencontre avec l'initiatrice de cette première biennale « Chambres avec vues », l'échevine Anne Degand, au moulin de Dave, qui rappelle qu'il n'y a pas eu de sélection à la base. Une seule consigne : trouver son lieu et s'engager à y exposer deux week-ends durant. Un objectif limpide : « Valoriser les artistes namurois autour de leurs oeuvres, susciter échanges et rencontres artistiques ». Au-delà, « Chambres avec vue » permet aussi de faire découvrir des lieux magnifiques inconnus ou peu connus.
« Cela a donné aux artistes amateurs un cadre mais aussi un objectif, une visibilité » poursuit Anne Degand.
Jean-Claude Guéry, qui a eu la bonne idée de transformer une maison du piétonnier, rue du Président, en un gîte du Vieux Namur plein de charme (la Caracole), ne tarit pas d'éloge non plus sur l'initiative. « Cette manifestation dit-il est à la belle dimension de Namur, qui a tout naturellement une destination pour l'art ». À l'église Saint-Jacques, coup de coeur pour les étranges photomontages de Michel Peetz, avec une séquence souvenirs des années 60 : la côte belge en cartes postales. Cela évoque aussitôt la gaufre au sucre ou le parfait fraises servi en coupe à une belle terrasse d'été de la digue.
Samedi après-midi, la lumière du printemps traversait les fenêtres de l'église Saint-Loup, illuminant les boiseries, ciselant avec une précision d'épure les corniches et les arêtes des confessionnaux. Étonnement immédiat : les chaises sont occupées par d'effrayants personnages, installés là par Marianne Berenhaut, une artiste singulière. De fait, quand on aime la sensualité du bas nylon, on reste interpellé devant les « pantys » déchirés de Marianne Berenhaut, qu'elle a bourrés de chiffons et de menus objets de la vie courante. Ce sont les « poupées poubelles », sorte de corps féminins parfois monstrueux et comiques, toujours troublants.
Seconde artiste à investir ces lieux prestigieux : Isabelle Francis, native de Namur, qui a détourné ludiquement la banalité d'une feuille de papier réduite en morceaux.
Un peu plus tôt, dégustation d'un gâteau meringue-citron en compagnie d'une passionnée créatrice de bijoux, Florence Beauloye (www.florencebeauloye.com), dans la belle maison de Béatrice Lafontaine. Plus tard, nouveau coup de sonnette : « Entrez, bienvenue, je vous sers un verre de vin ? » P.W.