To us ceux qui auraient encore la curiosité de toucher à la drogue, juste comme ça, pour éprouver le grand frisson, devraient assister à une audience du tribunal correctionnel. Comme celle d'hier par exemple. De drogue, celle qui tue, qui aliène, qui enlève à l'homme sa dignité, il en a été question, hier matin, devant le tribunal présidé par la juge Matagne. Quelques tranches de vie évoquées ça et là.

D'abord, ces trois prévenus, l'air un peu hagard, qui sont poursuivis pour avoir vendu de la drogue à un ado de Viroinval, sur la place d'Armes de Namur, avec la circonstance dramatique que le jeune homme en est mort. Cela s'est produit en 2007.

Un témoin est venu déposer, ce jeune qui accompagnait la victime. Il a aujourd'hui 19 ans et ne se souvient que très imparfaitement de cette soirée.

Ils ont été accostés, sur la place d'Armes et n'ont pas repoussé l'offre très louche du dealer.

« Comme ça, vous avez pris de la drogue ? » s'interroge la présidente. « Ben oui » répond-il, penaud. Il a pris la poudre comme on prend un biscuit, sans trop se poser la question de la dangerosité de la substance.

Quelques instants plus tard, le dealer est revenu. La jeune femme qui lui a livré la cocaïne croit se souvenir que c'était juste pour sa propre consommation.

Détruit par la drogue

La cocaïne a été « sniffée ». Le témoin a été malade toute la nuit. Son copain, lui, était retrouvé mort le lendemain matin.

L'affaire sera plaidée le 25 juin mais la présidente a invité le témoin à ne plus jamais toucher à cela : « Vous voyez où ça peut mener ». Une autre affaire de drogue a été évoquée. Pas de parties civiles, juste un jeune homme qui en a beaucoup consommé et qui est poursuivi pour en avoir aussi vendu. Beaucoup.

Dealer et vendeur de mort à son tour, empoisonneur. Déjà condamné à Charleroi à 18 mois de prison, il est en état de récidive légale.

Il revient de loin. Ancien toxicomane, il en consommait autrefois entre 3 et 4 grammes par jour. Un peu de tout, de la cocaïne, de l'héroïne, de l'herbe. Il semble marqué à vie par cet enfer, comme cassé de l'intérieur et est traité aujourd'hui à la méthadone. « Détruit par la drogue » déclare son avocate, Me Valentine Kerkhofs.

Sur le plan professionnel, il n'est nulle part. Zéro diplôme. Pas du tout qualifié, il éprouve de la peine à lire et à écrire mais, cependant, il est en voie de réinsertion. Grâce notamment à une compagne, qui lui a donné une petite fille, et qui le soutient pleinement.

Il a des chances d'être engagé comme article 60 à Gembloux, où il oeuvre déjà bénévolement au Fouillis Sainte-Thérèse, qui vient en aide aux précarisés de la société.

Il a de nombreux antécédents, vols et faits de roulage.

Son avocate a plaidé une peine de travail et beaucoup d'indulgence pour ce garçon brisé qui renaît doucement à la vraie vie.

Le tribunal rendra son jugement le 26 mars.P.W.