Chantal Goya est sur scène depuis les années 1970. Précurseur de la comédie musicale avec son Jean-Jacques Debout de mari, elle est toujours en tournée à passé 60 ans. Les quadragénaires biberonnés au Riri, Fifi Loulou amènent leurs petits bouts au spectacle. Du coup Chantal se dit fière de continuer à donner du rêve aux gosses. Et encore pour de longues années, comme elle nous l'a confié.
Chantal Goya, qu'est-ce qui fait encore rêver les enfants d'aujourd'hui baignés dans les cyberjeux ?Les belles histoires, beaux costumes, jolies chansons, la formule avec un château magique, etc. Ça marche toujours et pas seulement en France ou en Belgique. C'est un langage universel, une sorte d'antidote à la violence que nous servent la télé et les jeux vidéos. Dans le spectacle qui va tourner à Marche-en-Famenne, je fête les 30 ans de Marie-Rose au château du Chat Botté. Tous ces personnages sont des valeurs sûres.
Le Chat Botté, cela parle-t-il encore aux enfants d'aujourd'hui ?Oui, parce que leurs parents leur racontent l'histoire. Ils l'ont lue. Ou bien ils l'ont vue dans mes spectacles. Et ces mêmes parents qui étaient enfants à mes débuts viennent avec leurs petits. Quand j'entre sur scène, je demande « Où sont les petits d'hier ? ». Les adultes répondent. J'enchaîne avec « Un matin, un lapin a tué... » et ils enchaînent. Je leur demande alors s'ils ont oublié les gestes. C'est cela le spectacle Happy Birthday Marie-Rose : rien que d'anciennes chansons. Il n'y en a qu'une nouvelle à la fin.
Vous n'avez pas l'impression de venir d'une autre planète ?Si bien sûr. Vous savez, je reçois environ mille lettres par jour. Il y a du monde à tous les spectacles, c'est la folie. Preuve que les gens ont besoin de cela. Regardez « Le Roi Lion », il est toujours à l'affiche depuis tant d'années et cela marche toujours.Votre succès après 30 ans vous étonne ?Je suis une personne positive. Je dors bien, je ne m'inquiète jamais et pourtant, j'ai eu la jambe cassée et j'ai dû rester sans rien faire pendant des jours. Je positive aussi dans mes spectacles, cela joue.C'est de la naïveté ?Non. C'est ma nature. Je l'ai écrit dans ma biographie. Je suis née en Indochine. J'ai vu des Japonais sur le point de décapiter mon père. J'étais petite. Je suis intervenue en demandant au soldat de m'aider à lacer ma chaussure. Cela a détourné l'attention (la tension). Mon père a été sauvé. Je ne vois pas le mauvais côté des choses.Parce que vous êtes à l'abri financièrement ?C'est tout le contraire. Quand j'étais jeune par exemple, je n'ai pas cotisé pour ma pension. J'ai demandé à un comptable combien j'aurais de retraite si je m'arrêtais maintenant. J'aurais moins de 800 euros ! Si je veux une pension décente, je devrai travailler jusqu'à l'âge de 85 ans.Ce sera le cas ?J'ai la chance de compter sur les compositions de mon mari, Jean-Jacques (NDLR : Debout). Il vient de me composer une nouvelle chanson pour le spectacle neuf qui sera en Belgique à l'automne et qui s'intitule « L'étrange histoire du château hanté ».