Milan-San Remo, course imprévisible qui se déroule ce samedi, est toujours le prétexte aux coups de bluff et au jeu du «ce n'est pas moi, c'est lui.»
La semaine qui vient de s'écouler, au détour de Paris-Nice et de Tirreno-Adriatico, aura livré son flot d'enseignements avant le premier grand rendez-vous de la saison, Milan-San Remo. On n'est pourtant guère plus avancé dans les certitudes. La Primavera reste une course indécise, de par sa longueur (298 km), ses risques de chute, sa nervosité (tout le gratin du cyclisme est présent, sauf Lance Armstrong, malade, et Alejandro Valverde, interdit de course en Italie) et les déclarations parfois bluffantes de ses protagonistes.
Pour résumer le débat, personne n'a voulu endosser le maillot encombrant du favori. Les parieurs italiens y perdent leur latin, même s'ils ont manifesté une préférence pour Tom Boonen. En tant que citoyen belge, cela nous convient. Mais le grand Campinois, même s'il admet se sentir mieux par rapport à l'an dernier, n'a jamais cessé d'affirmer que ses deux grands objectifs, le Ronde et Paris-Roubaix, se situaient en avril.
Gageure ou pari insensé que de s'imposer pour la première fois sur la Classicissima ? Sans aucun doute, même si Boonen a eu le don, lors de sa victoire d'étape sur Tirreno, d'attirer les regards et d'attiser les convoitises. Boonen a aussi, sans le savoir, démontré une nouvelle fois que les vainqueurs potentiels de la Primavera se trouvaient peut-être tous en Italie, à l'occasion de cette « course aux deux mers », préparation qui semble décidément la plus adéquate pour Milan-San Remo.
Autre constat : la plus longue classique de la saison est revenue à un Italien une année sur deux. Et comme le vainqueur de l'an dernier, Mark Cavendish, ne semble pas en forme optimale (encore qu'il puisse cacher son jeu, voir ci-dessous), on n'a pas le droit de négliger les chances d'un Benatti ou d'un Petacchi. « C'est vrai que Bennati est dans une grande forme, précise Mario Cipollini, et qu'il possède une des meilleures formations pour cette classique, avec notamment Kreuziger, Nibali ou Pellizotti. C'est une occasion que Bennati ne peut laisser passer. Pour l'emporter, je persiste à dire qu'il devra battre Boonen. Mais il faut se demander si ce dernier aura la bonne concentration. Pour les coureurs belges, la Primavera n'est qu'une entrée avant les plats de résistance d'avril. »
Ajoutons aussi que la Classicissima possède aussi cette particularité qu'elle convient à tous les styles de coureurs. Si l'une ou l'autre équipe parvient à provoquer une sélection dans les Capi, elle peut contribuer à mettre certains sprinters hors des débats. Alors, il ne restera plus que le Poggio pour opérer une dernière sélection. Ce que peuvent faire un Gilbert ou un Vinokourov.