Le ur entreprise, à Tamines, sera peut-être liquidée, faute de clients, faute de boulot. Et comme ils refusent de se faire manger tout crus sans oser au moins une rebuffade, ils ont traversé, hier matin, le marché d'Auvelais, entre oranges et poireaux.
Devant la gare d'Auvelais, point de ralliement, les travailleurs le sentent mal. « Il y a une assemblée générale le 30 et certainement que le 31, le liquidateur sera là. On a l'impression que la direction ne veut plus faire aucun effort pour essayer de retrouver du boulot et donc, les 73 travailleurs de l'entreprise vont se retrouver au chômage et ils sont difficilement re-classables compte-tenu de leur handicap » indique une déléguée, Françoise Berlingin.
À l'avant, Rudy Dache, le délégué commercial de Samera, visse un embout de trompette sur une bouteille d'air comprimé. « Il faut faire du bruit, se faire entendre et sensibiliser les Sambrevillois à ce qui nous arrive » raconte-t-il. Rudy parle de drame social. Il est occupé chez Samera depuis 6 ans, après plusieurs années de travail dans le secteur privé du bâtiment, dont il est sorti avec un handicap.
Le secrétaire permanent FGTB Arnaud Levêque est présent, avec la déléguée de la CSC Isabelle Parent. « L'emploi est déjà rare mais encore plus rare pour les personnes souffrant d'un handicap. On doit expliquer aux gens, sur le marché, ce qu'il risque de se passer » dit-il.
Enfin, il faut mobiliser les Sambrevillois. « Leur demander de venir en masse et de se rassembler, en signe de solidarité, devant l'administration communale de Sambreville le 23 mars, à 9 h du matin. Parce qu'à 9 h 30, les syndicats rencontrent le député-bourgmestre de Sambreville et la direction de l'entreprise. Nous avons reçu des messages contradictoires des uns et des autres. Ce jour-là, on mettra les choses à plat pour savoir quelles garanties on va pouvoir obtenir » martèle-t-il.
Au-devant du cortège, Rudy Dache donne de la voix avec une lucidité touchante : « Nous sommes dans la rue parce que Samera va exploser demain, nous avons besoin de vous, 70 emplois vont passer à la trappe » lance le délégué. L'ambiance est bon enfant, rythmée par la sirène du mégaphone. Les travailleurs écoulent leurs tracts aux passants et aux camelots.
La semaine dernière, au parlement, la ministre de tutelle sur les Entreprises de travail adapté (ETA), Éliane Tillieux, avait fait part de son scepticisme quant à une possible reprise de Samera.
L'entreprise produisait pour le secteur paramédical et exploitait une imprimerie. Il faut parler au passé. Depuis fin 2009, les deux principaux clients qui assuraient le travail de la quasi-totalité des salariés sont partis.P.W.