Mardi matin, le député wallon et président du MR de Sambreville, Gilles Mouyard, sortait du bois. Il attirait l'attention générale sur une décision prise vendredi dernier en conseil des ministres à propos du « masterplan prisons » au Fédéral. Décision qui, pour ce qui concerne l'implantation voulue à Sambreville, envoyait les ministres chargés du dossier (De Clerck à la Justice et Reynders aux Finances-Régie des Bâtiments) pour négocier avec le Gouvernement wallon le meilleur site possible.

Où va-t-on dans ce dossier ? Le point, en quelques clés de lecture en quatre scènes de ce vaudeville politique, burlesque à souhait.

1. De Clerck et Reynders : pour Velaine, mais pour quelles raisons ? Le du vote du conseil des ministres de vendredi ne précise pas quel site à Sambreville doit être privilégié. Mais la note préparatoire, rédigée par le cabinet De Clerck, précise que Justice et Finances ne veulent pas du site Saint-Gobain à Auvelais et suggèrent un retour vers les terres agricoles de Velaine. Avant d'aller négocier avec le ministre wallon Philippe Henry, compétent sur l'aménagement du territoire, on sait déjà ce que les émissaires du Fédéral pensent de sa proposition de décembre dernier : pas grand-chose de bien. Pour eux, bâtir une prison sur les anciens bassins de décantation de Saint-Gobain serait trop cher. Le sous-sol étant pollué, chaque mètre cube de terre excavé devrait être assaini. Un surcoût de réhabilitation d'un site industriel que le Fédéral ne serait pas prêt à payer. Dommage, c'était un peu ce que la Région espérait ! 2. Luperto, via Onkelinx : pour Saint-Gobain, mal pris pour Velaine. Mais au sein même du Gouvernement fédéral, la question fait débat. Le partenaire socialiste, via la ministre Laurette Onkelinx, milite pour qu'on ne rejette pas la solution Saint-Gobain. Clairement, le bourgmestre de Sambreville, Jean-Charles Luperto, demande à la vice-première de défendre cette alternative. Il propose qu'on entende son commandant des pompiers expliquer pourquoi il n'y a pas de problème avec le périmètre Seveso autour de l'usine Solvay Jemeppe, un autre écueil soulevé. Si Saint-Gobain est finalement oublié, soutenir Velaine deviendra très difficilement justifiable dans le chef de Luperto. Sachant les réserves qu'il a lui-même émises sur la pertinence de ce terrain depuis que Saint-Gobain a été évoqué, il serait bien mal embarqué à argumenter. Surtout si le projet de Sambreville devient chronologiqquement le numéro 3 par rapport à Leuze et Marche. Dans ce cas, la prison construite servirait à remplacer celles de Namur et Dinant, fermées à terme. Avec un transfert du personnel des deux infrastructures vers Sambreville. Et donc peu d'impact sur l'emploi en Basse-Sambre avant longtemps. Et donc finalement peu d'arguments positifs à avancer.

3. Henry : bien embêté. Quelles chances y a-t-il que les émissaires fédéraux acceptent de réaborder la question sur Saint-Gobain avec la Région ? Peu, tant la volonté des De Clerck et Reynders semble claire. Au PS, on en veut surtout au libéral, qu'on accuse de faire du dossier un enjeu politique. Il bloquerait sur Saint-Gobain pour le plaisir d'enquiquiner les socialistes sur « leur » prison au niveau local, d'une part. Et pour mettre aussi Philippe Henry (Écolo) dans la panade en lui relançant ce dossier pourri dans les pattes, d'autre part. Lui, il n'a rien à gagner, même pas politiquement, pris qu'il est entre le marteau et l'enclume. Il va se retrouver coincé si on lui dit non à Saint-Gobain, alors qu'il a dit non à Velaine pour des arguments qui restent valables à ce jour. Et trouver un autre site, sur Sambreville obligatoirement, cela semble impossible dans le délai imparti (d'ici fin mars). Du moins si on veut enfin agir sérieusement dans ce dossier.

4. Mouyard : contre, envers et contre tout. Gilles Mouyard, au niveau du MR local à Sambreville quant à lui, fait tout pour faire capoter le projet tant sur Saint-Gobain que sur Velaine. Au passage, ce n'est pas sans le mettre en porte-à-faux par rapport à sa hiérarchie de parti. Ça n'a pas l'air de le préoccuper.

D'après lui, les socialistes sont en train de noyer le poisson alors qu'ils savent très bien que c'est « niet » pour Saint-Gobain et retour à Velaine, comme prévu et souhaité par eux depuis le départ. Il attend, dit-il, que les prochains jours confirment qu'il voit juste.