Ju squ'au ira le système capitaliste dans sa négation de l'homme ? Hier, en leur siège namurois de la rue Dewez à Namur, les deux secrétaires permanents FGTB chargés de négocier, Pascal Vivone et Stéphane Baudart, ont confirmé que la direction de Cartomills-Mettet, qui dépend du holding Smurfit-Kappa, fermera bel et bien. C'est quasi une certitude. La direction écoute poliment les alternatives syndicales (une structure plus « light », de seulement 30 hommes) mais, disent-ils, « son option demeure la fermeture pure et simple. Ils ne reviendront plus dessus. » Pour rappel, cette direction, le 4 février, assommait le personnel de la cartonnerie de Mettet en annonçant brutalement son démantèlement. Arguments invoqués : une situation géographique décentrée et désavantageuse, un manque de volumes et du chômage économique (2 jours/sem). Or, Cartomills jouit d'une très bonne situation financière : depuis 2005, le site rapporte annuellement, en moyenne, 631 000 € de bénéfice d'exploitation.

En dehors de tout climat passionnel et strictement syndical, un jeune expert en économie et comptabilité d'entreprise de la FGTB, Frédéric Michel, a décortiqué les chiffres pour livrer une version aussi imparable qu'objective : « La cartonnerie ne fermera pas parce que c'est la crise mais parce qu'elle veut gagner encore plus d'argent. C'est le capitalisme pur et dur, où l'humain n'a plus sa place, où l'homme a cessé d'être un argument » a indiqué Frédéric Michel.

« En dépit de ces 60 travailleurs qui resteront sur le carreau, on préfère faire un profit maximum et fermer Mettet afin de répercuter la charge de travail sur les travailleurs des deux autres sites que sont Ghlin et Grand-Bigard » a ajouté Stéphane Baudart. Pour le jeune expert, il est d'autant plus difficile de comprendre les raisons de la fermeture de Cartomills-Belgique que le bénéfice du groupe est énorme.

« Ils fondent leur stratégie sur l'endettement du groupe belge, pas vis-à-vis des banques mais vis-à-vis du holding Smurfit Kappa. Cette stratégie d'entreprise de la perte financière et donc de l'endettement via emprunt engendre des taux d'intérêt très élevés (de 9 %), ce qui leur permet de rapatrier des millions d'€ chez Smurfit-Kappa, en Irlande, en éludant l'impôt » commente Frédéric Michel. Cela représente quelque 8 millions d'euros depuis 2002. Bien vu mais sacrement immoral.

Cartomills bénéficie aussi de réductions de cotisations sociales, 3,3 millions entre 2005 et 2009.

Quant au site de Mettet son bénéfice d'exploitation, entre 2005 et 2009, tourne autour des 631 000 € et ce bénéfice a augmenté, de même que la productivité du travailleur. Mais l'investissement, lui, n'a pas suivi : il est qualifié de dérisoire et en inadéquation avec le bénéfice de l'entreprise. Seulement 42 000 € d'investissement annuel sur le site. Les travailleurs produisent donc de plus en plus sur des machines de plus en plus anciennes.

Conclusion de Pascal Vivone : « La procédure d'information dure jusqu'au 4 avril. On abordera ensuite les discussions sur les primes de départ dans un esprit très plombé.... »P.W.