Neuf prévenus, principalement de la région du Sud luxembourg, comparaissaient devant le tribunal correctionnel d'Arlon hier pour trafic international de stupéfiants, et notamment de cocaïne, pour la plus grande partie, d'héroïne et de haschish. La marchandise arrivait dans la région d'Arlon et au Grand-Duché en provenance directe de République Dominicaine.
S'ils sont impliqués à des degrés divers, l'enquête a pointé une tête pensante et un bras droit. Comme l'a expliqué le substitut du procureur du Roi, M. Jordant, le tribunal a ici affaire à un trafic d'ampleur.
Afin de confondre les prévenus, deux policiers se sont infiltrés dans le réseau. Un homme et une femme. « Nous avons mis en place des moyens d'enquête assez conséquents, a estimé M. Jordant. Quand on doit infiltrer ce milieu, cela ne se fait pas en deux jours. Les infos sont venues petit à petit. » Une surveillance de la téléphonie a aussi été éclairante.
Les deux agents infiltrés ont pu recueillir certaines confidences de la part, notamment, de la seule femme présumée impliquée dans ce trafic. Cette dernière est prévenue d'avoir transporté la marchandise via ingestion de capsules de cocaïne. Un jeu risqué. Tout ça pour 10 à 15 000 €. Elle se défend : « Je ne saurais pas, j'ai des problèmes intestinaux. » La police a retrouvé chez elle des laxatifs : elle explique que ce sont des produits pour la peau. « Vos méthodes ne sont pas les mêmes qu'en République Dominicaine », a lancé la prévenue au tribunal. Selon les déclarations des prévenus, les us et coutume de ce pays paraîssent étranges. Exemple avec deux prévenus, le premier est le mari de la mule présumée, le second est le frère du premier. Ils ont déclaré être étudiants en république Dominicaine, mais ils travaillent en Belgique. « Je suis étudiant en médecine là-bas, mais chauffeur de camion ici. » Interloquée, la juge Mme Renson-Salme lui demande combien d'années il lui reste à étudier en médecine. « Mille ans », a répondu le prévenu dans l'hilarité générale.
Découper le corps en morceaux
Dans le cas où le transport par corps humain interposé se serait mal passé, un témoin rapporte même avoir entendu que la consigne n'était surtout pas d'amener la malheureuse mule à l'hôpital mais bien de la laisser mourir , de découper son corps et d'emporter, chacun, un morceau.
Le cerveau présumé de la bande nie en bloc. « Qu'on m'apporte la preuve de mon implication. Je me demande si le dossier n'est pas monté depuis le départ. » Les autres reconnaissent avoir acheté ou vendu, mais en petite quantité.
Il n'empêche qu'à part pour un prévenu, où le parquet laisse la juge apprécier s'il y a acquittement ou peine, M. Jordant a requis des peines de prison pour tout le monde : 8 ans pour le cerveau présumé, 6 ans pour celui décrit comme son bras droit. Les autres prévenus risquent des peines allant de 6 mois à 3 ans.
Le ministère public demande aussi la confiscation par équivalent des sommes estimées du chiffre d'affaire de chacun des chiffres sous évalués car basés uniquement sur les déclarations. Ces chiffres atteignent 40 750 € pour la tête pensante présumée du trafic ; 21 000 € pour son bras droit ; 7550 et 1940 pour deux autres prévenus.
Les plaidoiries auront lieu la semaine prochaine.L. Bo.