À son palmarès : 125 cours d'as sises. Non, Nicolas Gimenne n'est pas la personne la plus infréquentable de Huy. Le Tihangeois travaille pour l'agence Belga et est journaliste attitré des procès d'assises à Liège.
Depuis 1998, il a vu défiler des truands, des pauvres gens, des victimes... et Marcel Habran. Le procès du siècle de la grande criminalité belge. Une instruction de plusieurs années et un procès qui a duré 6 mois : du 3 septembre 2008 au 3 mars 2009. Un procès qui a marqué le journaliste car, pendant neuf ans, il a communiqué avec Marcel Habran qui lui a d'ailleurs accordé des interviews.
Ces six mois d'audience, Nicolas Gimenne les a couchées dans un livre de 275 pages. « Le thème, c'est la saga du grand banditisme à travers Marcel Habran. Mon fil rouge, c'est son procès. » Un livre qui n'est toujours pas disponible en librairie. Marcel Habran et ses avocats tentent d'en faire interdire la diffusion. Les menaces ne sont pas réelles mais la pression existe. Tant sur le journaliste que sur les Éditions de l'Arbre. « J'ai écrit en juillet et août derniers. La première date prévue pour sortir le livre, c'était le 15 janvier. Ensuite, cela a été reporté au 15 février. Sur le site internet de la maison d'édition, les nouveautés à paraître, dont le livre sur Marcel Habran, ont été annoncées. Et c'est à ce moment que l'on a commencé à ressentir une pression. Il y a quelque chose qui clochait. » La cour d'assises de Liège avait condamné Marcel Habran à 15 ans de réclusion et à une mise à disposition de 20 ans pour son implication dans l'attaque mortelle d'un fourgon à Waremme et pour avoir dirigé une organisation criminelle.
Mais son pourvoi en cassation a fait mouche. Et l'arrêt de la cour d'assises a été cassé. Un second procès reprendra le 3 avril à Nivelles. Et c'est peut-être la proximité de ce nouveau procès qui dérange Habran et ses avocats. Pourtant, il n'y voyait pas malice dans un premier temps. « Il m'a dit qu'il s'en foutait car tout avait déjà été écrit sur lui. » Mais le message, laissé par la suite sur le répondeur du journaliste par Marcel Habran, était clair. Il invitait Nicolas Gimenne à prendre contact avec ses avocats pour voir « ce qu'il y a lieu de faire ou de ne pas faire. » Ne donnant pas de réponse à Marcel Habran, Nicolas Gimenne a reçu un second appel. Cette fois-ci de son avocat, Laurent Kennes. À la maison d'éditions, c'est l'épouse Habran qui appelle l'éditrice.
De telles pressions sèment le doute. Et finissent par intimider. Le livre qui devait être présenté à la Foire du livre de Bruxelles est à nouveau reporté. « On sait qu'ils peuvent lancer une procédure. On réfléchit pour sortir le livre avant le 2e procès. Dans ce livre, tout est en nuances et la présomption d'innocence est respectée. La défense n'essaye-t-elle pas de cadenasser la communication ? » Le procès de Nivelles durera 3 mois contre 6 à Liège. Certaines questions seront survolées ou des débats écourtés. Et ce condensé de 275 pages du premier procès pourrait être une fameuse épine dans le pied de Habran et de sa défense.
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Drôle de méthode pour l'avocat
Lors des deux appels téléphoni ques, Nicolas Gimenne avait pris soin de ne pas décrocher. Ce qui a permis à Marcel Habran et à son avocat de laisser un message. Les intentions sont claires, il faut empêcher la sortie du livre avant le second procès. La méthode, surtout celle de l'avocat Kennes interpelle. Pourquoi un contact direct avec l'adversaire alors qu'un courrier eut été plus adapté? Hier, l'avocat Alain Berenboom, défendant les intérêts du journaliste et de la maison d'éditions, a envoyé un courrier aux avocats Uyttendaele et Kennes. Le courrier interpelle les deux défenseurs de Marcel Habran sur leur méthode. « Ces messages (téléphoniques) ont manifestement pour seul but d'intimider nos clients . Nos clients ont été extrêmement surpris par le contenu de ces différents contacts téléphoniques directs, particulièrement en ce qui concerne votre approche. » Et réponse du berger à la bergère, Me Berenboom rappelle quelques règles déontologiques mais aussi que les enregistrements téléphoniques pourraient leur être préjudiciables. « En l'état de nos règles déontologiques, il n'est pas dans les habitudes des avocats de contacter les adversaires en personne par téléphone ni de les menacer verbalement. La modération et la délicatesse qui s'attachent à la profession d'avocat recommandent de s'adresser d'agir avec la même précaution et la même courtoisie à l'égard des justiciables qu'envers les confrères et de s'abstenir de toute menace contraire à la délicatesse que doit observer l'avocat. Il nous semble qu'un courrier aurait mieux rencontré nos usages, pour le dire avec euphémisme. Pour le reste, ce n'est pas à des spécialistes comme vous qu'il faut rappeler le principe de l'interdiction de la censure préalable proclamé par l'article 25 de notre Constitution. Vos demandes étaient donc parfaitement déplacées, tant sur la forme que sur le fond. En conséquence, nos clients se réservent le droit de faire valoir vos propos s'ils devaient l'estimer utile. » La manière met mal à l'aise la maison d'édition et le journaliste. Pour la suite, cette affaire et son retentissement influenceront favorablement les ventes. |
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