Une époque va prendre fin, à la fin mars, avec la clôture définitive par La Poste des comptes postaux pour particuliers, les comptes-chèques postaux (CCP) que bien des familles ont connus. Pour certains usagers, la clôture a même été plus rapide : le compte d'un de nos lecteurs de Beauvechain a été fermé le 23 février. Et sa pension du mois n'a pu y être versée. L'argent est donc retourné à l'Office des Pensions, qui le lui renverra dans un délai de... six semaines. « En attendant, dois-je aller au CPAS ? », interroge-t-il.

Ce lecteur a joué de malchance, nous explique-t-on à La Poste : il avait réagi rapidement au courrier qui lui avait été adressé à la mi-février, pour annoncer la clôture de son CCP, et un hasard malencontreux a fait coïncider la fermeture de son compte et le versement de sa pension. « Trois personnes ont été victimes de cette mésaventure, mais nous avons pris contact avec l'Office des Pensions, et ils devraient recevoir leur retraite de février dans les tout prochains jours » précise un des porte-parole de La Poste.

Trop coûteux

Mais, pour tous, l'échéance ultime sera la fin mars, nous confirme-t-on. Pourquoi cette décision ? Tout simplement parce que le service « qui ne s'inscrit pas dans le contrat de gestion de La Poste était devenu beaucoup trop onéreux. Et puis, il n'était plus utilisé que par quelque 300 usagers. Il faut dire que le CCP ne permet de transactions qu'au bureau de poste, et n'offre aucun des avantages d'un compte bancaire traditionnel : carte de débit, virements électroniques, ou possibilité de solde négatif ».

Quelques centaines seulement, alors qu'au départ, on dénombrait plus d'un million d'usagers du compte-chèques postal ? « En 1999, presque tous ces comptes, qui commençaient par "000-" ont été repris par la Banque de la Poste. Quelques centaines de personnes n'ont pas voulu de ce transfert. Leur compte a été transformé en "679-". Mais leur nombre a diminué au fil du temps », poursuit notre interlocuteur.

Ces « irréductibles » étaient, on peut le supposer, des fidèles d'entre les fidèles du service public de La Poste. Cela n'a pas suffi à sauver leur CCP. « Nous n'avons pas d'office basculé leur compte sur la Banque de la Poste, ni ne leur avons suggéré d'y passer. Par respect de leur vie privée », ajoute le porte-parole de l'institution.

Une longue histoire se clôture ainsi : « Au début du XXe siècle, La Poste avait fait oeuvre pionnière en proposant aux particuliers des comptes que ne leur offraient pas les banques. » Pour notre lecteur de Beauvechain, ancien postier lui-même, la pilule n'en est pas moins amère : « Je suis choqué par la désinvolture avec laquelle les choses se sont passées : il s'est écoulé moins de quinze jours entre la réception de la lettre de La Poste, ma réaction et la fermeture de mon compte » proteste-t-il. Quarante ans de fidélité ne s'effacent pas comme ça !