L’interdiction de la burqa dans l’espace public refait parler d’elle. La semaine dernière, le sujet s’est emballé. Lundi, le cdH a annoncé qu’il allait déposer une proposition de loi en ce sens. En septembre, le MR avait déjà fait de même. Mardi, les bleus ont donc écrit au président de la Commission de l’Intérieur de la Chambre pour lui demander de mettre le débat en priorité à l’ordre du jour des travaux. Le président de commission n’est autre que le Theutois André Frédéric (PS).

Loi ou règlement de police ?

«Je suis contre le port de la burqa dans l’espace public. Pour moi, c’est l’abnégation de la femme », nous annonce- t-il tout de go. Mais Andrré Frédéric n’est pas persuadé qu’une loi est la meilleure solution pour arriver à ses fins. Le PS plaide pour d’autres outils. «En octobre dernier, le bureau du parti a pris position en invitant ses bourgmestres concernés par la problématique à interdire la burqa par voie de règlement de police, avec des amendes administratives à la clé.» C’est déjà le cas à Verviers, Dison et Pepinster. À savoir les trois communes qui forment la zone de police Vesdre. Des communes pionnières à ce jour en Wallonie dans la réglementation du port du voile intégral. La Panne, Molenbeek et certains quartiers de Bruxelles l’avaient déjà fait au nom de la sécurité sur la voie publique. Mais aucune autre commune du sud du pays.

Verviers : de 30 cas à 0?

En bord de Vesdre, le règlement de police a été modifié en juillet 2008. Les amendes sont entrées en vigueur au 1er janvier 2009, après une période transitoire. D’après la police, une trentaine de femmes étaient alors concernées. Principalement au centre de Verviers et à Dison. Ici, c’est moins la burqa que le niqab (un voile intégral mais sans la grille devant les yeux) qui est visé. Et la méthode aurait largement porté ses fruits (lire ci-dessous). Ce qui fait dire à André Frédéric que « le règlement de police reste, pour moi, le meilleur moyen d’atteindre l’interdiction de la burqa. Car on dresse des amendes administratives sur le terrain. Si on pénalise par une loi, ça passera par les parquets, déjà pas mal engorgés, et on perdra beaucoup de temps. Ceci dit, je suis prêt à en discuter. Et si une majorité parlementaire se positionne pour qu’on pénalise, on pénalisera.»

Que font nos voisins ? Aux Pays- Bas, le gouvernement s’est prononcé, fin 2006 déjà, en faveur de l’interdiction de la burqa dans l’espace public. En France, une commission d’enquête parlementaire sur le sujet vient d’achever ses travaux. La décision est annoncée pour le printemps. Et s’orienterait vers des techniques «plus pratiques », telles que préconisées par André Frédéric.

Le risque, toutefois, est connu : que les porteuses de burqa, refusant de se séparer de leur voile intégral, se cloîtrent chez elle. «C’est dommage pour elles de se priver ainsi de contacts sociaux, regrette le président de Commission de l’Intérieur. Mais si c’est leur choix, et je le respecte, à elles d’en assumer les conséquences. Elles ne peuvent pas imposer leur burqa à l’ensemble de la société. S’enfermer dans son costume et dans sa maison, ce n’est peut-être pas la manière adéquate de participer à la vie démocratique. »

Phénomène marginal

André Frédéric ajoute que le phénomène reste très marginal. «Il faut lui accorder l’importance qu’il mérite. Sans plus. L’immense majorité des gens, qu’ils soient allochtones ou non, ne réclament pas le port de la burqa. Même si on souhaite tous vivre dans une société démocratique avec nos différences. » La question fera sans doute débat au parlement dans les semaines qui viennent.

TÉMOIGNAGE | "Je ne sors plus en rue"

Les fillettes voilées renvoyées de l’école primaire à Dison, on s’en souvient. Leurs mamans portent le niqab. L’une, au moins, a déjà été verbalisée dans son jardin disonais. Ces femmes qui refusent de se séparer de leur voile intégral sont de facto condamnées à ne plus sortir de chez elle. Le dernier numéro du Vif- L’Express rapporte le témoignage de trois d’entre elles. Fatima (prénom d’emprunt), 32 ans, 5 enfants, a grandi en région verviétoise. Elle se dit libre. Elle a décidé de porter le voile intégral à 16 ans. Et reste désormais cloîtrée à la maison. «Si je sortais dévoilée, je me sentirais nue, explique-t-elle. Or je suis très respectueuse des lois. Ce serait une humiliation d’être interpellée par la police. »

À LIRE | "La burqua m'a pourri la vie"

L’auteur n’est autre que la Verviétoise Karima, à la tête de l’ASBL Insoumise et Dévoilée – association qui tire son nom du premier livre de Karima où elle racontait sa propre histoire. Avec La burqa a pourri ma vie (paru chez Luc Pire en septembre 2009), la Verviétoise continue son combat « contre certaines pratiques archaïques ». Après avoir recueilli le témoignage d’une connaissance, elle y raconte le vécu d’Aïcha. Une jeune femme marocaine moderne qui étudie la médecine à Tanger. Un soir d’été, elle croise le regard de Mourad, qui ne tarde pas à la demander en mariage et souhaite l’emmener en Belgique, là où il vit. Le rêve. Sauf que sa vie va basculer. À cause de la burqa.