Le taux d'encadrement de nos écoles est d 'un professeur pour dix élèves. La taille moyenne des classes est plus de deux fois supérieure. Où sont passés tous ces profs payés sur le budget enseignement de la Communauté française ? Car notre budget enseignement est franchement à la hauteur. Il s'élève à 6,181 millions d'euros l'an, soitun record mondial, juste après les pays nordiques.

La scolarité complète (primaire et secondaire) d'un enfant revient à quelque 60 000 € pour la Communauté. Un enfant en primaire coûte 3 700 € l'année, en secondaire environ 6 000 € l'année. Notre budget enseignement ne connaît vraiment pas la crise. Et pourtant il génère les résultats pitoyables que nous connaissons. Où passe l'argent ? Dans le salaire de profs fantômes ?« Il y a les départs précoces à la retraite, une multitude de profs détachés qui ne reviennent jamais, une foule de congés de maladie prolongés », répond Jean Hindriks, professeur d'économie à l'UCL et à la KUL et auteur d'une étude coup-de-poing sur l'état de notre enseignement. « Nous n'avons pas un problème d'effectifs, loin de là. Mais un problème de présence sur le terrain. Il faut remettre les profs dans les classes », plaide le chercheur qui a analysé, comparé et disséqué les résultats de nos élèves en les comparant à ceux de la Flandre et du reste de l'OCDE, une des sources de données statistiques, économiques et sociales comparables les plus importantes et les plus fiables du monde.

Notre taux d'encadrement apparaît comme l'un des plus favorables des pays de l'OCE. Le budget aussi. Par contre, nous obtenons trois médailles d'or dont nous nous serions bien passés. Un : l'écart entre les enfants les plus forts et les enfants plus faibles est le plus élevé de l'OCE. Deux : l'écart entre les résultats des enfants favorisés et ceux des défavorisés est le plus élevé aussi. Trois : la mixité sociale de nos écoles est la plus faible d'Europe.

« Je n'ai pas peur de le dire. Trop d'enseignants n'enseignent pas », tranche Jean Hindriks. Par ailleurs, notre corps professoral est l'un des plus âgé qui soit. Un enseignant sur trois devra être remplacé d'ici à dix ans. Un bouleversement qui pourrait être une chance fabuleuse pour remonter le niveau et le moral des écoles.

Les profs sont âgés, donc ils coûtent chers, actuellement. « La bonne nouvelle, c'est qu'on va les remplacer par des gens qui coûtent deux fois moins chers. Ce qui veut dire qu'on pourra revaloriser le traitement du début de carrière, s'enthousiasme le professeur d'économie de l'UCL. L'opportunité est magnifique. C'est l'occasion d'un geste fort » Dans les salles des profs, les ambiances sont trop souvent exécrables entre les jeunes et les anciens. L'entraide est nulle. Les préséances sont imbuvables. « Les inégalités de traitement sont énormes, explique Jean Hindriks. Et en plus, les plus âgés se partagent les bons horaires, ils sont prioritaires, et laissent les restes aux jeunes. On a une pénurie de profs. Mais vous voyez comment on traite les jeunes ? Le symptome le plus grave de la maladie, c'est la pénurie. »

L'étude dans son intégralité peut être consultée en ligne http ://www.uclouvain.be/regards- economiques

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