Un com ptable a eu un sacré culot. « Il a des antécédents au Grand-Duché », émet d'entrée de jeu le substitut Laurent Goret. Et de s'adresser au fautif. « Vous avez battu votre record. Il y en avait pour 33 800 €. Il y en a cette fois-ci pour 33 844 €. Bravo ! » Et comment a-t-il trompé la confiance de son employeur ? « Il a effectué un copier-coller de ce qu'il avait fait au Grand-Duché en 2002, explique le parquet. Dans une société, il a un ordinateur et effectue des retraits frauduleux. » Le 12 juillet 2004, les autorités judiciaires grand-ducales le condamnaient à une peine de douze mois de prison avec sursis. « Même pas deux ans plus tard, il a retrouvé du travail dans une société à Saint-Hubert, avance le parquet. Il était grillé au Grand-Duché. » Le substitut Goret déplore son absence d'amendement. C'est le 8 mai 2007 que l'escroquerie a été découverte.

Il a alors signé une reconnaissance de dettes de 14 419 €.

« Il n'a pas été licencié, on lui a laissé une seconde chance, et la possibilité de rembourser, poursuit Laurent Goret. Mais il a continué à taper dans la caisse. Il explique qu'il rencontrait des problèmes d'argent. Il ne connaît apparemment pas le chemin du surendettement. Il n'a pas manqué de culot. On contrôle ce qu'il fait, et il présente encore des fausses factures et continue à détourner. » Douze mois de prison ferme ? Le chiffre de 14 000 € est ensuite grimpé à 22 000 € puis 33 844 €. « L'histoire s'est terminée par un licenciement, même pas pour faute grave mais pour réorganisation du travail », précise le substitut Goret.

Concernant la peine. « Il avait une fameuse épée de Damoclès sur la tête avec une condamnation de douze mois de prison avec sursis total, souligne le parquet. Il n'a pas vu la faveur. » Et de requérir une peine de douze mois de prison ferme.

Du côté de la défense, on conteste les montants. « Mon client reconnaît qu'il s'est approprié de l'argent, admet-on. Mais la question est de savoir combien il s'en est mis en poche. Il reconnaît 22 000 €. Aucune pièce du dossier ne justifie le détournement de montants supplémentaires. » La défense ajoute. « Il rembourse chaque mois 250 €, à la suite d'un jugement du tribunal de première instance de Marche. Il a par ailleurs lancé sa propre activité. Il

est gérant indépendant d'une société informatique. Une peine aussi sévère serait de nature à l'exclure du marché de l'emploi. Aussi, la manière dont la justice luxembourgeoise traite les dossiers est sans commune mesure avec la Belgique. »

Et d'adresser au tribunal : « Vous ne devez vous occuper que de ce qui se passe sur le territoire belge. » L'avocat a plaidé la suspension du prononcé. Mais pour le substitut Goret, « c'est de la science-fiction. Ce serait une aberration de faire abstraction de ce qui se passe au Grand-Duché. Cela éclaire sa personnalité. » Le prévenu conclut. « J'ai une société de trois employés, ça se passe bien. Quoi que le ministère public dise, j'aspire à une autre vie. » Verdict le 3 mars.