Jean-Pierre Heynderickx, le directeur sportif de l'équipe Topsport Vlaan deren, est un garçon sensible et émotif. Dans le petit monde du vélo, il y a encore heureusement de la place pour les sentiments. Comment ne pas se rappeler le drame de l'année passée, avec le décès de Frédéric Nolf sur ce même Tour du Qatar ? Et surtout, comment Heynderickx aurait-il pu oublier que cette deuxième étape, 147 km entre le Camel Race Track et la Qatar Foundation, était précisément celle qui avait été neutralisée l'an passé, pour rendre hommage au jeune coureur de l'équipe flamande, décédé durant son sommeil ?

Pire, d'autant qu'il y eut encore une minute de silence avant le départ, à la mémoire de Franco Ballerini. De quoi, pour Heynderickx, se dire que cette étape devait être définitivement bannie des cartons de l'organisateur. Et, pour couronner le tout, les voitures suiveuses de l'équipe Vlaanderen avaient hérité du numéro 13 dans le convoi des directeurs sportifs, le même que l'an passé au lendemain du drame. C'en était évidemment trop pour l'ami Jean-Pierre, qui avait simplement décidé de ne pas apposer ce numéro maudit sur sa voiture.

Ce qu'il ne savait pas, c'est que toute cette symbolique allait se renverser à la faveur de la course. Lorsque son poulain Geert Steurs se fit la belle après deux kilomètres de course en compagnie du Hollandais de Vacansoleil, Wouter Mol, il laissa évidemment faire puisque c'était dans les intentions de l'équipe que de tenter de s'immiscer dans les échappées.

Les deux garçons n'avaient en toute logique aucune chance d'aller au bout. Mais ils profitèrent, alors qu'ils allaient à leur rythme élégant contre le vent, de l'apathie des gros bras du peloton. Au point de compter un moment la bagatelle de 22 minutes après 36 kilomètres, juste au moment de revenir vers Doha avec ce même vent violent, cette fois dans le dos.

Boasson Hagen distancé

Certes, les deux fuyards n'étaient pas au bout de leur peine. « Mais on s'était dit, racontait ensuite Geert Steurs, qu'avec un viatique de onze ou douze minutes, le coup était jouable. » Bien vu, même si, derrière, les débats n'étaient pas dénués d'intérêt, loin s'en faut.

Parce qu'on assistait, là aussi, à la grosse défaite du leader de dimanche, Boasson Hagen. Le jeune Norvégien, dès qu'un coup de bordure se fit jour, à l'initiative de Tom Boonen, imité en cela par Philippe Gilbert notamment, se révéla incapable de sauter dans le bon wagon. « Je pense que Boasson Hagen possède un gros défaut, qu'il lui faudra corriger s'il veut prouver le talent qu'on lui prête, pensait John Lelangue (ses deux fers de lance, Ballan et Burghardt, étaient aussi dans le bon coup). C'est qu'il n'arrive pas toujours à se placer correctement dans le peloton. Sans doute a-t-il eu peur dès qu'on a changé de direction et il n'a pas pu ainsi prendre sa place dans la première bordure. » Résultat des courses : Boasson Hagen a terminé très loin des gros bras du peloton. Au sein de ce dernier, alors que Steurs se voyait « offrir » la victoire par Mol, qui s'y retrouvait en endossant le maillot jaune, on aura aussi vu combien Boonen et Gilbert sont déjà bien affûtés. Cependant que leur science de la course a fait le reste. Hier, Boasson Hagen a pu déjà faire une croix sur son Tour du Qatar.