Le décor s'intègre au thème. Vieux films sur les tables, bobines et projecteur sur la scène et écran pour mémoriser l'original. L'entrée sur le ponton n'est rien d'autre que la pantomime d'un Chaplin (Catherine) débridé.

Gestation complexe

L'idée de ne retenir que les partitions du 7e Art s'est avérée hérissée de difficultés sans nombre. Ainsi, les musiques sont souvent très spécifiques et les faire correspondre à ce que les Filles Celles Picardes avaient à dire a demandé un travail énorme. Surmonté tant ces jeunes femmes ont étudié gestuelle, mise en scène, diction du patois et leur voix. Lors de la première, on fut près de la rupture dans les graves ultimes des « Demoiselles de Rochefort ».

Qui va piano

Elles étaient stressées ce vendredi soir. Alors, quand, successivement, elles s'attaquent à « Moteur » un rien bridé et à « El vie, ch't'un dessin animé », trop long récitatif des incidents vécus, le spectateur s'interroge.

Pas de panique. « Ein p'tit bout d'feimme » (Belinda) et « Panne séque » (Dominique) angoisses de la mère d'une ado ou de feuille blanche sont déjà joliment troussés.

Avec « Promotieon » (Bélinda, Marie-Astrid), les profs en prennent une fois de plus (de trop ?) pour leur grade mais c'est bien dit et « puisqu'i' seont hureux ».

Facile pour Alexandra « mince cm' eine aleumette » de brocarder « El culte del minceur, d'l'apparince » : les zygomatiques s'activent.

Voici de beaux textes. Il accroche, ce « Acor reine de faite » (Marie-Astrid), désespoir d'une femme qui « tout l'nuit, traîne ses choles dins les bas quartiers ».

Inattendu certes, ce « Et après » (Françoise) qui explore l'autre côté du miroir et questionne sur l'incertain devenir.

Coup de coeur ? « Eine guisse d'espoir » (Sabrina) n'attend de nous que solidarité son message est clair « Ch' t'eine cancheonne mais si dins l'tiête cha résonne, j'peux cor pinser qu'tertous y peut canger ». Du coeur, les Filles en ont ; avant « Ein deîner pus qu'imparfait », elle rendent hommage à « No Bourdeon », leur pianiste Jean-Marie Carlier. Pleuvent les bisous.

Va sano

Changement radical de ton après la pause. Le « Sapré caractère » se joue en stéréo avant deux duos de choc et de charme. en pastiche. « Ch'est nous eautes les vamps » en trouvailles drôles alors que « Léontine et Mariette à l'l'cinsse » fourmille de cocasseries inénarrables, de situations évoquées en tempête. Dans ce registre, « Eine heomme d'occasion » n'est pas mal non plus.

Il fallait aussi que les Filles se lient à ce Tournai qu'elles adorent même si elles en dénoncent les maux. Laurence ouvre le bal avec « I feaut printe eine tournaisienne », « Vife no patois » est un hymne vibrant et la parodie est de mise avec « Doornik, Doornik » ; l'épice s'ajoute à « La gazette ».

Profond parfois, dynamique toujours, ce 6e spectacle élargit la palette de ces « Filles, celles Picardes » qui apportent en souriant leur regard féminin et, sans contexte, un souffle de Jouvence sur le ponton.

Cabarets 27.02, 06.03, 09.04 à 20h00, les 28.02, 07.03 et 11.04 à 15h00. Prévente librairie Lenglez.