Pour beaucoup, le cirque est encore cantonné dans son image traditionnelle : des clowns, des animaux exotiques, des roulottes, un chapiteau et une bonne tranche de rire. Pourtant, le cirque traditionnel ne représente plus qu'une petite partie du secteur. En France, le Centre national de ressources des arts de la rue a recensé 415 compagnies de cirque dont à peine 50 proposent encore des spectacles traditionnels. La grande majorité monte des spectacles de cirque contemporain.

Pour valoriser un secteur qui reste dans l'ombre des autres arts, une Maison du cirque vient de voir le jour à Bruxelles. Elle ambitionne de devenir « Une plateforme fédératrice et rassembleuse qui aura pour mission de coordonner les différentes initiatives du secteur et promouvoir l'entièreté de celui-ci en Belgique et à l'extérieur » explique Sara Lemaire, attachée de communication à la Maison du cirque. « Le cirque avait besoin d'une vitrine, d'une association, pour défendre ses intérêts » confirme Anne Kumps, chargée de la programmation aux Halles de Schaerbeek.

Professionnaliser le cirque

Le travail ne manque pas, à entendre Benoît Van Oost, directeur de la nouvelle institution. « Le cirque souffre de ses clichés. Il faut faire en sorte que le secteur soit plus reconnu, plus professionnel. C'est un mouvement ambitieux qui va prendre du temps . » Un mouvement initié ces deux dernières décennies, quand le cirque a quitté ses traditionnels chapiteaux pour s'installer dans des salles. Paradoxal ? Non, un souci vital. Un spectacle sous chapiteau coûte 50 % plus cher. Sans compter que le nombre de possibilités d'accueil dans les centres urbains a diminué. Les cirques se retrouvent désormais en périphérie.

Mais l'argument économique n'est pas seul en cause. La profession évolue aussi. « Il faut se remettre en question et dynamiser le secteur » reconnaît Vincent Wauters, directeur de l'École du cirque. « Il faudrait que le cirque traditionnel arrive à recréer de nouvelles mises en scène. Chacun doit faire un gros effort et accepter un compromis. » Pour Benoît Van Oost, « le cirque doit faire la digestion des nouveaux apports » car il s'agit d'un « art très perméable à d'autres influences » comme la danse ou le théâtre.

Plus de liberté, moins d'éléphants

Tiens justement, où se situe la différence entre cirque traditionnel et contemporain ? « Le cirque traditionnel, explique Anne Kumps, vit suivant un tout autre type d'économie, sous chapiteau, avec des numéros assez courts alors que dans le cirque contemporain, les artistes sont parfois sollicités durant une heure . » Les animaux aussi sont différents : exotiques d'un côté, domestiques de l'autre. « Cela correspondait aussi à une époque où il n'y avait pas de télévision et où on ne voyageait pas. On montrait des animaux qu'on ne voyait pas » poursuit la responsable de programmations des Halles.

Mais pourquoi alors parle-t-on de cirque et non de théâtre ? « A la base parce que le cirque se joue en cercle. Et qu'il a sa technique, ajoute Mme Kumps. Même dans le cirque d'aujourd'hui, il faut une prouesse technique et un tas d'autres choses comme le jeu d'acteur. L'écriture est aussi différente de celle du théâtre. On rapproche d'ailleurs plus souvent le cirque de la danse que du théâtre.»

En somme, le nouveau cirque se veut plus hybride. Mais surtout, il reflète, explique Vincent Wauters, « ce souhait de la liberté mais dans la recherche de performance. Ces vingt dernières années, les gens veulent pratiquer des activités fun, libres, moins codifiées, où tout est permis . »

Reste juste à le faire connaître, mais ça, c'est la nouvelle Maison du cirque, sise place Sainte-Catherine, au coeur de Bruxelles, qui va s'en charger.

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