Le parti de Didier Reynders et celui de Joëlle Milquet se livrent une guerre identitaire: MR et cdH se disputent le courant humaniste, s'accusant mutuellement de copier l'autre.
(photo Reporters)
«Je n'ai jamais été aussi heureux depuis des années », lance un militant au micro, la voix un peu exaltée. Les regards brillent dans la salle. Les soupirs de contentement échappent. Les réformateurs jouaient leur unité dimanche, après des mois de tensions internes. Le pari semble réussi. Plus un éclat de voix, plus un accent de crise, plus une voix dissonante.
Richard Miller est la vedette du jour. On l'applaudit longuement. Il est le rapporteur de « l'appel réformateur », quarante pages distribuées à l'entrée du congrès. Le texte de base de la « remobilisation », comme le dira le président du MR, Didier Reynders. « Depuis la fondation du parti libéral, le travail est au coeur de notre réflexion », explique-t-il. « Personne n'a le droit de nous donner des leçons en matière sociale » .
Le texte, qui résume les positions du parti, n'est contesté par personne. Tous, ou presque, sont là. On n'a pas vu Louis Michel. Mais le président du MCC Gérard Deprez et le président du FDF Olivier Maingain soutiennent. Ils sont à la tribune aux côtés de Didier Reynders. Le fameux « vice-président exécutif » aussi. Willy Borsus avait été nommé à l'automne au moment où un quasi-putsch avait été lancé. Les rebelles du MR sont à bord.
Tout va bien, sur fond de guerre des tranchées idéologiques entre MR et cdH. On ne rate pas une occasion hier de le souligner. « Une présidente de parti parle d'un pillage de son magasin doctrinal. Mais le libéralisme est d'abord un humanisme », lance Gérard Deprez. Willy Borsus parle, pour sa part des « sarcasmes de nos détracteurs ». « N'en déplaise à la majorité rouge-vert-orange pâle, nous sommes les héritiers d'une philosophie émancipatrice », ajoutera le président des jeunes MR.
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Le centre et la droite s’érodent
MR et cdH sont partis en guerre identitaire. Leur repositionnement à tous deux est crucial. Car la course à l’électeur sera terrible. MR et cdH sont partis en guerre identitaire. La lutte pour convaincre l’électeur est de plus en plus acérée. Particulièrement au centre et à droite. Or il s’agit de profiter à fond de ce temps mort, devenu extrêmement rare dans notre pays, d’une année sans élections. Jamais la compétition n’a été aussi rude. Tous les partis francophones sont aujourd’hui au pouvoir. PS et cdH alignent leurs ministres partout. Écolo et MR combinent exercice du pouvoir et tribune dans l’opposition. Les quatre partis risquent donc de souffrir de l’érosion liée à l’exercice du pouvoir. On est moins plaisant et percutant quand on doit faire des compromis. Et pour l’électeur, il y a une impression de grand flou artistique. À qui profite le crime ? C’est bien la question auxquelles les élections de 2011 répondront. En attendant pour sortir la tête hors de l’eau, cdH et MR se livrent à un exercice idéologique qu’ils espèrent salutaire. Et ce n’est pas un hasard que ce soient ces deux partis-là qui cherchent ainsi la planche de leur salut. «MR et cdH viennent tous deux, à des degrés divers, de subir des tensions internes autour de leur président de parti», analyse Vincent de Coorebyter, directeur du Crisp (le centre de recherche et d’information socio-politique). La crise interne a été plus vive et plus étalée sur la place publique au MR. Mais le cdH aussi, discrètement, a été traversé par des tensions au moment de l’éviction de Catherine Fonck comme ministre. La réélection de Joëlle Milquet et le report de l’arrivée de Benoît Lutgen comme président a fait grincer des dents chez des militants. Par ailleurs, si Didier Reynders a subi les foudres de ses propres mandataires, Joëlle Milquet, taxée de trop à gauche, ne plaît pas à tous les membres de sa famille non plus. Bref, dans ces deux partis on a ressenti le besoin de refaire l’unité et de remobiliser les membres. Cette refondation est motivée par une autre raison. MR et cdH s’essoufflent au niveau électoral. La chute très forte de l’extrême-droite n’a profité ni au MR ni au cdH. Par contre, Écolo a fait un excellent score partout et le PS a eu une très bonne tenue malgré les affaires. En 99, le centre de gravité à nouveau bien à gauche L’élection de 1997 avait fait trembler le centre de gravité vers le centre-droit. Celle de 1999 l’a manifestement ramené bien à gauche. «L’électorat a incontestablement exprimé une préoccupation pour le social et l’environnemental. Les partis du centre et du centre-droit s’érodent», appuie Vincent de Coorebyter. Pour plaire à l’électeur wallon, que faut-il faire ? Un peu tout à la fois sans oublier d’être soi-même, bien entendu. Mais, et on caricature à peine, ça donne l’impression à l’électeur de choisir entre des clones. Un chapeau vert sur la tête, une rose rouge à la boutonnière, une cravate bleue autour du cou et une orange à la main.
C.Ern. |