«Demain, je n'ai cours qu'à partir de 10 heures » Ou bien : « Je n'ai plus cours d'anglais depuis quinze jours ». Ou encore : « J'ai passé trois heures à l'étude aujourd'hui ». Les phrases semblent familières à un nombre croissant de parents d'élèves du secondaire, depuis la rentrée de janvier. Et l'impression est confirmée dans une école verviétoise : « Un de nos professeurs de langues est parti en congé de paternité. Et son remplaçant a préféré, au bout de quelques jours, un intérim plus intéressant pour lui. Depuis lors, on cherche... »

Pic hivernal Le cabinet de la ministre de l'Enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet (cdH), nuance le propos. En rappelant d'abord qu'un enseignant ne doit être remplacé qu'après sept jours d'absence dans le primaire ; dix dans le secondaire.

Il n'empêche : si 20 % seulement des établissements scolaires continuent à déclarer illico les absences de profs sur le site créé il y a quelques mois pour gérer une épidémie de grippe H1N1 qui n'a jamais vraiment éclaté, la statistique, tout de même indicative, révèle un taux d'absence actuel « de 7 à 8 %, contre 5 en moyenne, qui correspond au taux d'absence dans d'autres professions ».

La cause ? On suppute une épidémie de gastro-entérite, qui ferait des ravages dans les classes, où les virus se transmettraient plus rapidement. « Si bien qu'actuellement, à Bruxelles, on constate une réelle pénurie en professeurs de néerlandais : certains établissements cherchent des remplaçants depuis plusieurs semaines. Au point qu'on a dû affecter en priorité les remplaçants qu'on dénichait aux écoles depuis le plus longtemps en attente. » L'analyse, nous précise-t-on, ne vaut que pour les écoles du réseau de la Communauté française. « Mais l'observation peut sûrement être étendue à l'ensemble des réseaux » explique Marc Payen. Le responsable de la CSC-Enseignement ne dispose pas de statistiques récentes pour étayer son propos. Mais il a constaté que « le pic d'absences, qui se produisait-il y a quelques années encore en février-mars, sous l'effet de la grippe, survient désormais beaucoup plus tôt, dès la rentrée de janvier. » Et même quand ce taux d'absence ne prend pas des proportions exceptionnelles, les vides dans les rangs des profs de langues, de sciences, et de maths se comblent difficilement, puisque, en début d'année scolaire, on sait déjà que, dans ces branches, le nombre de nouveaux arrivants couvre à peine le nombre de départs, fréquents dans les cinq premières années de carrière. « C'est là qu'il faut arrêter l'hémorragie » répète le cabinet Simonet, en rappelant l'initiative de « tutorat » des profs les plus âgés sur leurs jeunes collègues, pour les aider à surmonter les premières difficultés.

Par contre, remettre en piste des enseignants détachés comme « conseillers pédagogiques » pour pallier temporairement les absences n'est pas envisagé. « Parce qu'ils ne suffiraient pas à compenser. Et qu'ils ont d'autres missions à effectuer ». Ne reste donc qu'à convaincre plus de jeunes d'embrasser la carrière : mais ne seront-ils pas handicapés, si dès le secondaire, leur formation est incomplète ?