L'effet le plus fréquent du sinistre Softenon : des enfants privés de bras. Notre pays a mis du temps pour en prendre conscience.
Une reconnaissance de l'État dans les souffrances des victimes du Softenon : c'est le but de deux résolutions déposées à la Chambre et au Sénat.
Martine Olivier est née sans bras, il y a près d'un demi-siècle : elle est un des malheureux enfants victimes de la thalidomide, un « médicament miracle » prescrit, à l'époque, pour soulager les femmes enceintes notamment des nausées dont elles souffraient. « Nous sommes 32 à avoir été recensés en Belgique, et nous en avons repéré une vingtaine au cours de l'année passée » explique-t-elle. En octobre dernier, une association des victimes de la thalidomide a été créée, dont la Jodoignoise s'est faite la porte-parole. Son objectif ? « Obtenir des excuses de l'État belge pour sa responsabilité dans notre infirmité. Et des dédommagements pour les dommages physiques et moraux que nous avons subis depuis notre naissance ». Deux résolutions viennent d'être déposées au Parlement pour soutenir cette revendication : l'une par la députée Catherine Fonck (cdH) ; l'autre par le sénateur Alain Destexhe (MR), tous deux médecins.
Interdiction tardiveC'est sous la marque Softenon que la thalidomide a été commercialisée dans notre pays, à partir de 1959. Quatre ans plus tôt, un cas de malformation d'un nouveau-né avait déjà été enregistré sur l'île de Chypre, mais « aucun rapport n'avait été fait entre les échantillons de thalidomide ingurgités par la mère et les malformations du nourrisson », note Alain Destexhe, dans son exposé des motifs. Il n'empêche : l'interdiction du médicament en France et aux États-Unis aurait dû alerter les autorités. Les rapports scientifiques accablants se multiplieront, dès 1960, mais le médicament ne sera proscrit que tardivement en Belgique, « où des pharmacies se fournissaient encore en Softenon au printemps 1963 ».
Le drame de Liège (cf. ci-contre) conduira à l'interdiction définitive du médicament. Mais le mal était fait.
Les victimes sont reconnues comme invalides, « mais étonnamment, pas toutes au même degré » s'étonne Catherine Fonck, en plein débat, à la Chambre, sur la création d'un « Fonds d'indemnisation pour les victimes d'aléas thérapeutiques ». Mais ces fonds n'auront pas d'effet rétroactif. « Et dans ce cas, le handicap n'est pas la faute à la malchance : la faute de l'État est clairement engagée ». Certains pays européens l'ont compris, comme la Grande-Bretagne qui s'apprête à dégager 20 millions de livres (18 millions d'euros) au bénéfice des victimes du médicament. Un exemple à suivre !