Le 30 juil let 2004, Ghislenghien vivait l'enfer. Vingt-quatre morts, plus de cent vingt blessés, des chiffres qui hantent toujours les mémoires de ceux qui ont - de près ou de loin - vécu la catastrophe.
Six longues années et un procès plus tard, beaucoup de questions demeurent encore ouvertes. Le premier procès devait apporter un point final à un livre, il n'a fait que clôturer un chapitre. Le second s'ouvrira le 29 novembre prochain sur le site de Mons Expo.
Ce procès Ghislenghien en degrés d'appel fait suite à un premier volet décevant pour beaucoup de victimes. « La faute à presque personne », titrait le Courrier de l'Escaut du 23 février dernier le lendemain du jugement du tribunal correctionnel de Tournai. Ce premier procès, débuté en mai 2009, laissait un sentiment amer, un goût de trop peu dans la bouche de ceux qui ont souffert. La déception figurait au premier plan sur les visages des parties civiles.
Seulement trois des quatorze prévenus étaient reconnus coupables : Erwin Persoons, gérant de la SPRL A & I, la SA Tramo, l'entreprise chargée de la voirie et de l'égouttage et Kristof Dewaele, préposé de Tramo et conducteur de travaux.
Surprise, étonnement...
Un verdict jugé trop clément par beaucoup et qui n'apportait guère l'apaisement recherché par les nombreuses familles de victimes. « La montagne accouche d'une souris », lançait un avocat aux journalistes. Des victimes confiaient leur étonnement, leur surprise et leur révolte aux micros et carnets de notes. « Ça nous laisse penser que c'est la faute des vingt-quatre personnes décédées », racontait une observatrice, un zeste de rancoeur dans la voix.
Le jugement prononcé au soir du 22 février 2010 ne laissait planer aucun doute : on se dirigera vers un appel. Un procès que d'aucuns nommaient déjà Ghislenghien bis . Alors, pourquoi si peu de sévérité dans le jugement ? Le président Moulard s'en expliquait avant même le prononcé : « Il revenait au parquet et aux parties civiles de démontrer, de façon certaine que, sans telle ou telle faute, la catastrophe ne se serait pas produite. » Dans la tête de beaucoup d'observateurs, Fluxys était désigné comme le principal responsable de la catastrophe. On ne reconnaissait pourtant aucun manquement dans son chef.
Même constat pour Husqvarna, l'ex-Diamant Boart, à qui l'on reprochait des délais trop courts aux entrepreneurs, au détriment de la sécurité. On ne reconnaissait pas plus de responsabilités aux mandataires politiques de l'époque, Bruno Van Grootenbrulle et Marc Duvivier. Pour le tribunal, rien ne permettait d'affirmer que le plan communal d'urgence était insuffisant, fautif et lacunaire.
Avec les mêmes arguments
Comme pour apporter un peu de baume au coeur des pompiers, le tribunal n'a pas suivi certaines parties qui suggéraient la responsabilité du commandant Eddy Pettiaux : « Il a pris les mesures nécessaires et a eu la réaction adéquate. » Le 29 novembre 2010, le carrousel repartira pour un tour. On y reviendra avec les mêmes arguments. L'arrêt de la Cour d'appel de Mons est attendu pour le 27 mai 2011, soit quelques semaines avant le septième anniversaire. Et rien n'indique que le jugement sera différent du premier ...
Humeur par Stéphane Delfosse:
Mon déformateur...

Informateur, négociateur,démineur, médiateur,préformateur, formateur, etc.J’avoue que parfois j’ai du mal à distinguer les réelles différences entre ces dénominations de fonctions. Cela doit être dû à un manque de subtilité de ma part.
Par contre, ce dont je suis certain, c’est que ce 30 juillet, j’ai rendez-vous avec le souvenir de mon dé… formateur.
Vous vous souvenez? Cette torchère immense et assourdissante qui a tué, blessé et plongé dans la douleur et la tristesse des centaines de personnes. Je ne sais comment mais cette flamme n’est pas parvenue à me détruire complètement. Elle s’est limitée à changer mon apparence.
Celles et ceux qui, comme moi, ont eu la chance de s’en sortir se réuniront pour se souvenir. D’autres ne viendront pas car ils ont envie d’oublier et c’est bien leur droit.
Mais ce qui me dérange le plus, c’est peut-être que les gens qui ont le devoir de se souvenir et d’agir sont souvent les premiers à oublier… Qu’ils se rassurent, moi, je ne les oublie pas.