Ibrahim Sagban : cinq ans de prison ferme. Muhammet Sagban, son frère : quatre ans ferme. Adem Kizil : quatre ans ferme également. Emmanuelle Diskeuve, présidente de la 15e chambre, n'a pas fait dans la dentelle. Ajustant la peine à la hauteur de la gravité des faits, indique-t-elle dans ses attendus. Prenant également en compte les lourds antécédents judiciaires des inculpés.

C'est d'extorsion qu'il s'agit ici, à grande échelle. On parle tout de même de 85 000€ qui auraient été acquis malhonnêtement.

Michel (50 ans) est un entrepreneur indépendant qui a pignon sur rue, à Jemepppe - sur-Sambre. Lui et son fils, Kevin (21 ans), font la connaissance d'Ibrahim. Michel est à un moment interné à l'institut de Dave, souffrant de sérieux problèmes psychologiques. C'est ici que la machine criminelle se met en marche, analyse le tribunal. Kevin, son fils, reçoit alors des coups de fil anonymes. Un certain Oussama lui demande de verser une somme de 150 000 , qui correspondrait à des dettes de jeu qu'aurait contractées son père. Menaces et intimidations (tentatives de vol) accompagnent les directives.

Une partie du butin (85 000 ) sera remise, le 3 juin 2009, le long de la RN 90 à Auvelais, selon un stratagème imaginé par les malfaiteurs. Kevin a été cherché la somme dans le coffre-fort familial, et dans le dos de son papa, qu'il ne souhaite pas affoler...

Mais. 85 000 €, ce n'est pas la somme demandée. De nouveaux contacts téléphoniques ont lieu. Les malfaiteurs remettent la pression. Réclament le solde. Kevin lâche le morceau à son papa, toujours à l'hôpital. Et c'est Michel, lui-même, qui prend la décision de prévenir les services de police.

Un dispositif policier est immédiatement mis en place. Kevin est encadré par les enquêteurs et ses conversations téléphoniques sont mises sur écoute. L'opération débouche, le 15 juin 2009 (jour fixé pour la remise des 65 000 manquants), sur l'arrestation du trio. Joli coup de filet des autorités judiciaires.

Pendant plusieurs mois, les trois complices vont nier absolument. Traduit devant le juge, ils reconnaîtront finalement la matérialité des faits, le 20 novembre dernier, mais livreront un scénario inédit : c'est en accord avec Kevin, le fils de la victime, qu'ils auraient monté le coup, explication, dit le tribunal que contredit complètement la chronologie des faits.

Hier, au moment du verdict, Ibrahim, Muhammet et Adem ont souri. Ont fait des signes à leurs proches venus en nombre dans la salle d'audience. En plus des peines de prison qu'ils vont devoir prester en sus des six mois de détention préventive déjà prestés, ils sont condamnés à payer 2 500 € de dommage moral à Kevin, et 1 000 € à son papa. Plus les 85 000 € extorqués.