Le cheveu foncé, tiré et retenu par une pince en haut de la nuque. Une mèche rectiligne s'arrête aux sourcils. De fines lunettes sans montures, le teint halé. Chemisier blanc et veste noire cintrée : la présentation d'Isabelle Lebeau est stricte. Pendant toute la journée, elle n'a quasiment regardé que la cour. Elle n'a détourné ses yeux ronds qu'à quelques reprises lors de la composition du jury. Histoire de voir qui serait ses juges.

C'est à 14 h 30 que le volubile président Xavier Ghuysen a entamé l'interrogatoire de l'accusée. Un exercice qui allait se révéler long : un peu plus de 2 h. Son enfance, namuroise avec deux grands-pères notaires et un papa militaire. Cette petite fille unique va, selon ses dires, se sentir vite à l'étroit. « J'ai reçu une éducation très stricte. C'est pour cela qu'à un moment j'ai demandé pour aller en internat. » Même si elle dit qu'elle voulait devenir pédiatre, ses études ne seront guère brillantes. À cela, elle a une explication : « À ma communion, ma famille m'a dit : tu te marieras et tu auras des enfants. » Une famille qu'elle dépeint comme fort intrusive : « Mon premier petit ami a été rejeté par mes parents parce qu'ils ont estimé qu'il n'était pas de notre milieu. » Elle intégrait ainsi des soirées rallye privées destinée aux enfants de bonne famille. C'est là qu'elle rencontrait son futur premier mari. Ils se sont mariés mais « Je remplissais mon devoir de petite fille sage. Lui, je crois qu'il m'aimait. Avant cela, je vivais à Bruxelles et je travaillais. Après, je me suis retrouvée à la campagne, sans travail. » Elle a eu trois enfants en deux ans et demi. « Mais c'était des filles, ce qui ne plaisait pas à ma belle-famille. » Le couple ne résistait pas. La séparation intervenait en avril 2007. Entre-temps, elle s'est éprise de son médecin ORL, Thibert Robillard. À la Saint-Valentin et à son anniversaire, elle lui envoie des fleurs, en restant anonyme. En janvier 1998, elle s'installe chez lui. De leur union naît une fille, en 2001. « Pendant les cinq premières années, la vie coulait. Mais je me sentais fort seule. Il était très distant, il travaillait énormément : son travail, l'écriture d'un livre. Pour compenser son absence, c'était des beaux voyages et de l'argent. » Dans son témoignage, l'accusée ne charge à aucun instant son ex-époux. Elle dit comprendre ses choix mais que le résultat est une profonde solitude pour elle.

C'est à ce moment qu'Isabelle Lebeau explique qu'elle sombre progressivement dans une profonde dépression. C'est là qu'elle rencontre son amant, dans un train en revenant de Genève. L'idylle dure un an et demi. Une année, elle partira en moyenne une semaine par mois en France ou en Espagne. Pour le rejoindre. Pour son mari, elle va se faire soigner. Pour ses parents et ses enfants, elle y va pour des motifs professionnels...

Aujourd'hui, ces trois hommes qui ont jalonné sa vie seront appelés à la barre des témoins.