«Le Belge n’est pas assez chauvin.» Un constat fait sur Moodio.tv par Lady Linn, la chanteuse à la voix soul derrière le band jazzy Lady Linn and her Magnificent Seven, basé à Gand. Et un constat qui saute aux yeux quand, à la lecture de n’importe quel hebdo ou mensuel français spécialisé dans la musique, on se prend des références dithyrambiques à chaque paragraphe lorsqu’un groupe émergeant, c’est son rôle, émerge.

Alors Moodio.tv décolle sur la toile. Pour la ramener un peu plus. Et donner aux artistes noir, jaune, rouge l’occasion de se présenter ailleurs que dans les pages de la presse belge. Moodio se veut la plateforme d’exposition et de promotion du monde musical 100% belge. On pense aux chanteurs et aux groupes, mais aussi aux pros du secteur, comme les salles, les festivals, les techniciens, les labels, les managers, les journalistes. Et puis bien sûr aux fans.

Fonctionnant depuis 2 ans sur fonds propres et avec de discrètes subventions publiques dans ses bureaux immaculés d’Auderghem, Moodio s’ouvre depuis ce lundi 7 décembre au grand public. La plateforme compte déjà plus de 500 capsules vidéo réalisées par deux équipes de rédacteurs, vidéastes et réalisateurs, des deux côtés de la frontière linguistique. Front 242,  Sharko, Jeronimo, Daan, Lorenzo Gatto, Saule, Dour, Les Ardentes ou l’AB ont déjà tous leurs capsules.

Une autre planète

Après une inscription en règle, chaque fan de musique peut surfer à la rencontre de ces genres de prédilection (rock, electro et hip hop, mais aussi, c’est plus rare, donc plus précieux, world, jazz et classique). Chaque artiste ou institution y possède une page de profil qui contient une vidéo et les liens vers ses références externes. Le message reste très simple, et sans grande surprise même s’il est élégamment présenté : «voilà, on s’appelle machin et on joue surtout du rock». Les vrais fans d’un groupe ne découvriront rien. Mais pour eux, Moodio agira comme passerelle entre les groupes similaires. Un bon point, déjà.

Le fan peut alors se constituer une playlist, booker ses concerts via les liens intégrés, se rapprocher de ses semblables, exporter son profil via un widget (lire cadrée) sur Facebook et autres, et papillonner de vidéo en vidéo. Celles-ci varient session live, festival, acoustique dans l’intimité du chez-soi d’un artiste, visite de lieux de concerts… Il y a aussi un petit mag hebdomadaire, pot pourri de genre et d’ambiances. Et puis la rubrique «The Borderline», qui croise la frontière linguistique pour s’ouvrir à cette autre planète qu’est la scène musicale du Nord (ou du Sud, si vous surfez en néerlandais). Y a du boulot pour tout mater.

De quoi faire son choix pour s’offrir du pur blanc-bleu belge sur la table à Noël, au lieu des écoeurantes dindes farcies à la sauce majors.



Oui, mais pour les artistes, c'est bien?

Moodio est clinquant, graphiquement très léché et sobrement animé. On aime. Mais quel intérêt réel pour les pros du secteur? Car bien sûr, tous possèdent déjà des profils partout, sur YouTube, MySpace, Facebook et consorts. Alors pourquoi multiplier? Pour ces acteurs, outre un agenda professionnel complet en construction, ce sont surtout les fonctionnalités du widget créé par Moodio qui présentent de l’intérêt.

Cette petite boîte interactive exportable sur Facebook, Myspace et tous les sites webs est personnalisable à l’envi. Déjà, si les membres la postent eux-mêmes sur leurs profils avec leurs vidéos favorites, le widget devient un redoutable outil promotionnel viral. Car pour le fan lambda, le widget est gratuit et peu s’afficher dans toutes les couleurs du spectre lumineux. Classe, pour assortir au fond d’écran criard de MySpace.

Mais là où l’outil prend une dimension supplémentaire, c’est dans ses options (payantes) à destination des groupes, salles, managers, labels et programmateurs de festivals. Chaque widget est en effet muni de modules tels que la vente de mp3 (via Moodio ou iTunes), la billetterie directe pour les concerts ou l’agenda intégrés à même la vidéo sous forme de discrets bandeaux. De quoi rentabiliser aussi les efforts consentis pour goupiller Moodio.

Car «sans contenu, on ne vend rien», rappelle le fondateur de Moodio, Michael Lunt. Qui compte sur ses utilisateurs pour exporter leurs widgets à tout va pour dénicher des sponsors désireux de coller leurs logos sur tous les sites qui comptent pour les fanas de musique. «En gros, Moodio peut multiplier les points de ventes de disques et de concerts par 100 ou par 1.000» La visibilité des artistes le sera d’autant. Celle de Moodio aussi. De là à rivaliser avec YouTube…

J. R.